La diplomatie des pâtes

Illustration réalisée par notre illustratrice Emilie T. 

Les pâtes comme instrument de diplomatie culturelle

Les pâtes sont un plat du quotidien, qu’on connait tous, simple et universel. Pourtant, derrière une assiette de spaghettis au pesto, il y a toute une histoire de circulation des peuples, de construction identitaire et d’influence internationale. 

On va se demander comment les pâtes sont devenues un enjeu de prestige, d’identité et d’influence internationale pour l’Italie, et en quoi elles illustrent une forme de diplomatie culturelle.

Cet article explore la manière dont les pâtes, à travers leur histoire, leur production et leur rayonnement mondial, sont devenues un véritable outil de soft power italien, depuis leur origine modeste jusqu’à leur transformation progressive en symbole de puissance culturelle.

Les pâtes possèdent ce que l’on pourrait appeler une origine circulante pas réellement définie. Il ne s’agit pas de l’histoire d’un peuple ou d’un territoire, mais aussi de celles des échanges entre les civilisations de l’Asie, le Maghreb et l’Europe.

Une légende célèbre attribue à Marco Polo l’importation des pâtes depuis la Chine vers Italie au XIIIe siècle. Les historiens contestent aujourd’hui cette version car en Sicile, dès le début du XIIe siècle, des échanges de pâtes asséchées entre la Sicile et le Maghreb sont attestées. Cela montre à quel point l’histoire des pâtes est étroitement liée à la circulation des savoirs et des pratiques alimentaires. Donc l’important n’est pas vraiment l’origine de ces dernières, mais plutôt le fait que les pâtes aient traversé les frontières et les civilisations, s’adaptant à chaque culture. L’essentiel ici est qu’elles ont trouvé en Italie leur aboutissement et leur codification.

Aujourd’hui, le monde entier associe spontanément les pâtes à la culture italienne. Elles sont devenues un symbole de l’identité italienne, au même titre que la Tour Eiffel pour la France ou les tacos pour le Mexique. L’Italie a associé les pâtes à sa réputation de gastronomie d’excellence, faisant d’elles un pilier de son image à l’international. On peut comparer cela à la reconnaissance par l’UNESCO de la gastronomie française comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité (2010). De la même manière, la culture des pâtes italiennes est perçue comme un patrimoine mondial à part entière, mais non officiel.

Cette association est si forte que même des marques 100% françaises adoptent des codes visuels et marketing à l’italienne, car les consommateurs associent spontanément “italien” à une qualité unique et à l’authenticité. On a Galbani par exemple, qui fait aujourd’hui partie d’un groupe français et utilise des références italiennes dans son branding, ou même Panzani qui est entièrement français et qui joue avec les couleurs du drapeau italien (rouge, vert, blanc) dans son logo. En France, quand tu achètes des pâtes, tu optes souvent pour la “qualité italienne” de Barilla, là où les Italiens eux-mêmes ne s’y pencheraient pas avec autant d’enthousiasme.

Aujourd’hui, le monde entier associe spontanément les pâtes à la culture italienne. Elles sont devenues un symbole de l’identité italienne, au même titre que la Tour Eiffel pour la France ou les tacos pour le Mexique. L’Italie a associé les pâtes à sa réputation de gastronomie d’excellence, faisant d’elles un pilier de son image à l’international. On peut comparer cela à la reconnaissance par l’UNESCO de la gastronomie française comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité (2010). De la même manière, la culture des pâtes italiennes est perçue comme un patrimoine mondial à part entière, mais non officiel.

Cette association est si forte que même des marques 100% françaises adoptent des codes visuels et marketing à l’italienne, car les consommateurs associent spontanément “italien” à une qualité unique et à l’authenticité. On a Galbani par exemple, qui fait aujourd’hui partie d’un groupe français et utilise des références italiennes dans son branding, ou même Panzani qui est entièrement français et qui joue avec les couleurs du drapeau italien (rouge, vert, blanc) dans son logo. En France, quand tu achètes des pâtes, tu optes souvent pour la “qualité italienne” de Barilla, là où les Italiens eux-mêmes ne s’y pencheraient pas avec autant d’enthousiasme.

Le traité Cucina Teorico-Pratica de Ippolito Cavalcanti (publié aux alentours 1839) est le premier traité à aborder, en partie, les pâtes: la manière de les cuire al dente. Ce texte fondamental pose les bases de la codification culinaire italienne autour des pâtes et participe à la construction d’une identité culinaire italienne. Sous Mussolini (1922–1943), l’Italie a utilisé la nourriture comme outil de propagande nationale. Le régime fasciste lance la Bataille du blé (ou Battaglia del Grano) dans les années 1920 pour tenter de rendre l’Italie autosuffisante en céréales et réduire les importations. Les pâtes, même si elles n’étaient évidemment pas la priorité, étaient vues par les partisans de Mussolini ou les fascistes comme un symbole de l’autosuffisance nationale et de la résistance à l’influence étrangère.

La production et l’exportation des pâtes sont des éléments clés de cette diplomatie. En 2022 quasiment 2,4 millions de tonnes de pâtes ont été produites en Italie et le monde entier reconnaît le savoir-faire italien dans ce domaine. L’Italie a ainsi réussi à créer une norme de qualité associée à ses pâtes : le blé dur, le séchage lent, la cuisson al dente, des caractéristiques qui sont perçues comme essentielles. Cette norme devient un argument de vente et un vecteur d’influence pour les autres pays producteurs. Les consommateurs du monde entier cherchent à consommer “comme en Italie”, participant de cette manière à une forme d’adhésion culturelle.

Aujourd’hui, l’Italie utilise le droit européen pour protéger son image et ses produits. Elle oeuvre en faveur pour la reconnaissance de labels de qualité (AOP, IGP¹) sur ses produits alimentaires, dont les pâtes et les sauces. C’est une forme de diplomatie normative : l’Italie impose ses standards à l’échelle européenne et mondiale. Le pays mène une bataille constante contre les pâtes falsifiées ou les produits qui les imitent sans l’être. On a l’exemple du Parmigiano Reggiano (qui ne peut être vendu comme “parmesan” générique) illustrant cette stratégie de défense de l’authenticité.

La gastronomie est bien connue pour être un trait représentatif d’une culture mais elle sert aussi à créer de l’image, du lien et de l’influence entre les pays. On parle alors de diplomatie culinaire ou de gastronomie diplomatique. Les ambassades d’Italie par exemple organisent régulièrement des soirées gastronomiques, des festivals de pâtes ou des dîners à thème pour promouvoir la culture italienne. Il s’agit d’une forme de diplomatie publique : la culture est utilisée pour créer un lien émotionnel avec les populations étrangères. En France, cette logique se retrouve également dans les réceptions officielles, lorsque le Président de la République accueille une personnalité publique ou un Chef d’État, ils sont systématiquement reçus avec un repas gastronomique français à l’Elysée. Les pâtes sont alors un exemple concret de soft power car elles véhiculent une culture (les traditions régionales italiennes), un art de vivre (la table comme lieu de partage, de convivialité, la famille) et une réputation internationale (l’excellence, la qualité, la tradition).

L’émigration italienne massive (XIXe–XXe siècles) vers les États-Unis, l’Argentine, la France et un peu l’Australie a diffusé les pâtes comme aliment de l’immigrant pauvre. Les communautés italiennes dans le monde ont maintenu et adapté leurs traditions culinaires créant un réseau d’influence diasporique. Aujourd’hui, ces mêmes pâtes sont perçues comme un produit de base ou de qualité. La diaspora italienne est un réseau d’influence qui promeut la culture italienne à travers la nourriture. La pizza et les pâtes sont devenues des aliments états-uniens à part entière mais leur origine italienne reste reconnue.

L’Italie a réussi à faire des pâtes un symbole universel de son identité, de sa culture et de son excellence. En consommant des pâtes, le monde entier participe, à sa manière, à la diplomatie italienne.

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