Fusées éclairantes tirées par les forces militaires thaïlandaises à Phnom Penh, au Cambodge, vu de Thaïlande, le vendredi 26 décembre 2025. Wason Wanichakorn / Copyright 2025, AP. Tous droits réservés.
Un différend hérité de la colonisation
Le conflit entre la Thaïlande et le Cambodge trouve son origine dans la délimitation incomplète de leur frontière commune, longue de près de 800 kilomètres. Une grande partie de cette frontière repose sur une carte établie en 1907, à l’époque où le Cambodge était sous protectorat français. Cette carte, interprétée différemment par Bangkok et Phnom Penh, n’a jamais été pleinement matérialisée sur le terrain, laissant de vastes zones dans l’incertitude juridique.
Cette ambiguïté frontalière est devenue un terreau fertile pour les tensions, d’autant plus qu’elle concerne des régions chargées d’une forte valeur historique et symbolique. En effet, plusieurs temples khmers, construits entre le IXᵉ et le XIIᵉ siècle, se trouvent dans ces zones disputées et cristallisent les revendications des deux États.
Les temples, symboles au cœur des tensions
Parmi ces sites, le temple de Prasat Preah Vihear occupe une place centrale. En 1962, la Cour internationale de justice a reconnu la souveraineté du Cambodge sur le temple. Toutefois, la juridiction internationale n’a pas tranché de manière définitive la question des territoires adjacents, laissant subsister un flou qui alimente régulièrement les confrontations.
Un autre site, Prasat Ta Muen Thom, est également au cœur des revendications concurrentes. Pour les deux pays, ces temples dépassent leur simple valeur patrimoniale : ils sont devenus des symboles de souveraineté nationale, utilisés par les discours politiques et nationalistes, ce qui rend tout compromis particulièrement délicat.
Un conflit récurrent depuis 2008
Si les tensions sont anciennes, les affrontements armés ont repris de manière cyclique depuis 2008. Des combats meurtriers ont déjà opposé les deux armées entre 2008 et 2011, avant une relative accalmie. Jusqu’en 2025, le dernier épisode majeur remontait à 2011.
Ce caractère intermittent du conflit s’explique par la combinaison de rivalités historiques, de pressions nationalistes internes et de l’absence d’un accord frontalier définitif. Chaque incident local peut ainsi rapidement dégénérer en confrontation armée.
L’escalade de juillet 2025
En juillet 2025, la situation s’est brutalement détériorée. Pendant cinq jours consécutifs, des combats intenses ont éclaté le long de la frontière, faisant au moins quarante morts et provoquant le déplacement de centaines de milliers de civils. Les deux camps ont échangé des tirs d’artillerie et se sont mutuellement accusés d’avoir ouvert le feu.
Face à la gravité de la situation, un cessez-le-feu a été conclu fin juillet, sous la médiation du président américain Donald Trump et du Premier ministre malaisien Anwar Ibrahim. L’accord visait à mettre un terme aux hostilités et à relancer un dialogue diplomatique entre Bangkok et Phnom Penh.
Un cessez-le-feu fragile et des négociations rompues
Malgré la signature de cet accord, la méfiance est restée profonde. Dans les semaines qui ont suivi, les deux gouvernements ont continué à s’accuser mutuellement de violations du cessez-le-feu.
En novembre 2025, la Thaïlande s’est retirée des discussions de paix, affirmant que deux de ses soldats avaient été blessés par une mine terrestre dans une zone disputée. Les autorités cambodgiennes ont contesté ces accusations, soutenant que les mines présentes dans la région étaient des vestiges de conflits passés. Cette rupture des négociations a marqué un tournant et préparé le terrain à une nouvelle flambée de violence.
Décembre 2025 : la reprise des combats
Le 8 décembre 2025, de nouveaux affrontements majeurs ont éclaté. La Thaïlande a annoncé avoir mené des frappes aériennes contre des cibles militaires cambodgiennes, affirmant agir en représailles après la mort d’un soldat thaïlandais et les blessures infligées à huit autres.
Le Cambodge a confirmé les frappes aériennes mais a accusé la Thaïlande d’avoir causé la mort de quatre civils et fait neuf blessés dans deux provinces frontalières. Comme lors des épisodes précédents, chaque camp a rejeté la responsabilité de l’escalade sur l’autre.
Un conflit sans solution durable en vue
Cette reprise des combats en décembre 2025 souligne la fragilité des accords de cessez-le-feu et l’absence d’une solution durable au différend frontalier entre les deux pays. Tant que les questions de souveraineté territoriale et de délimitation des frontières resteront irrésolues, chaque accalmie risque de n’être que temporaire. Ainsi, ce conflit, au-delà des enjeux territoriaux, met en lumière la difficulté de dépasser des héritages coloniaux et les rivalités nationalistes profondément ancrées.
