Au nord de l’Italie se trouve une région dont l’identité, à la fois culturelle et linguistique, se distingue du reste du pays. Cette description pourrait bien sûr s’appliquer à la Vallée d’Aoste, mais l’objet de cet article est bel et bien le Südtirol, le Tyrol du Sud, dont le nom officiel est « Province autonome de Bolzano », en référence au Haut-lieu et capitale de la région.
Aujourd’hui, le Südtirol est surtout connu pour sa nature alpine, qu’elle partage avec son voisin autrichien au nord, mais surtout pour les Dolomites, chaîne de montagne aux paysages hors du commun inscrite au Patrimoine Mondial de l’UNESCO. Cela en fait une région très touristique, le tourisme étant l’activité économique principale. Ces millions de touristes viennent chaque année dans les Dolomites, mais la plupart ne connaît probablement pas la spécificité du Tyrol du Sud, à savoir sa multiethnicité et son multilinguisme qui en découle.
Il s’agit ainsi de la seule région italienne où l’allemand est une langue officielle, aux côtés de l’italien et du ladin. La population italophone représente aujourd’hui près de 25% des tyroliens du sud, largement sous-représentée par rapport aux germanophones. C’est l’Allemand bavarois qui est parlé, à l’instar des régions occidentales autrichiennes, même si l’on apprend le Hochdeutsch, l’allemand dit « supérieur » ou « classique », donc dénué de tout dialecte. Italophones et germanophones cohabitent sans problèmes dans cette région, les services publics étant notamment au moins bilingues et devant respecter un principe de proportionnalité ethnique. La seule différence réelle se trouve dans les urnes, puisque les « Allemands » votent pour des partis germanophones locaux modérés voire de gauche, quand les « Italiens » s’orientent davantage vers les partis de droite voire d’extrême droite, à savoir le Mouvement 5 Etoiles, la Ligue du Nord ou encore plus récemment Fratelli d’Italia.
Historiquement, le Südtirol n’a pas toujours été italien. Vous savez sûrement que la République italienne en tant que pays uni est très jeune, datant du 19ème siècle, et que ses diverses régions étaient des royaumes indépendants ou rattachés à des Empires ou pays plus larges. C’était le cas pour notre exemple, puisque le duché du Tyrol appartenait aux Habsbourg, famille ayant régné sur une grande partie de l’Europe pendant au moins 500 ans, dont notamment l’Autriche, la Hongrie, les Pays-Bas, l’Espagne ou encore la Roumanie actuels. Le Tyrol du Sud n’était donc pas séparé de ses « frères » avant le début du 20ème siècle. C’est la défaite de l’Autriche-Hongrie et sa disparition après la Première Guerre Mondiale qui a déclenché la partition de ses diverses provinces,afin de former certains des pays cités plus haut.
Parmi ces provinces, le Südtirol rejoint l’Italie en 1919 à la suite du traité de Saint-Germain-en-Laye, accompagné du Trentino, région au sud de celui-ci.
Or, c’était une région encore très marquée par la culture et la langue allemande, ainsi le gouvernement italien a mené une forte politique d’italianisation de la population, dans un effort d’union entre les régions en Italie et d’instauration de l’italien comme une langue commune voire unique. Ces efforts ont plus tard poussé, dans les années 70, à un fort mécontentement de la part des germanophones, décidant de créer le BAS (Befreiungsausschuss Südtirol – Comité de libération du Tyrol du Sud), mouvement terroriste ayant mené plusieurs attaques contre les autorités italiennes en raison, selon eux, du manque de considération de l’identité culturelle et linguistique de la population de la région. Suite à ces attaques, la Province de Bolzano obtint un statut autonome unique en Europe, lui permettant de conserver une souveraineté sur des thèmes essentiels comme les services publics, l’éducation et surtout les impôts, récoltés à hauteur de 90% par la région, en faisant la plus riche de la République.
On peut aujourd’hui dire que ce système fonctionne pour les Tyroliens du sud, étant un exemple de cohabitation ethnique et de prospérité économique, mais surtout de prise en considération de l’origine culturelle et linguistique d’une grande partie de la population dans son intégration au sein du pays. Les habitants n’ont plus vraiment de revendications, que ce soit d’indépendance ou d’autonomie plus grande, et donc plus vraiment de besoin de moyens d’affirmation de leur identité. Si l’on devait citer un exemple de lieu d’expression de la culture tyrolienne germanophone, ce serait le club de football de Bolzano, le FC Südtirol, ayant une administration et des joueurs exclusivement germanophones. Ce club évolue aujourd’hui en deuxième division italienne, et fait ainsi preuve de réussite au haut niveau dans une région où les sports alpins sont bien plus pratiqués.
En bref, l’union entre les différentes ethnies n’est pas un rêve partout, puisqu’elle a l’air de bien fonctionner au sein du Südtirol. Son modèle devrait peut-être être adopté dans d’autres pays, comme en Espagne (cf articles précédents) ?
