Les Kurdes : Le plus grand peuple apatride du monde

Ci-contre, illustration représentant une femme kurde, réalisée par l’une de nos illustratrices, Marie-Xuân L.

Depuis la fin du XXème siècle, on entend de plus en plus parler des Kurdes dans la presse internationale. Pourchassé, attaqué, réprimé, discriminé, le peuple kurde ne cesse d’endurer des épreuves difficiles au Moyen-Orient, où ils sont pourtant présents depuis des siècles. Mais qui sont les Kurdes ? Quelle est leur histoire ? Quelles sont les causes de leur répression ? Comment luttent-ils contre cela ? Nous allons essayer de répondre à ces questions afin de mieux comprendre la situation actuelle. 

Aujourd’hui, la population Kurde s’étend à plus de 35 millions de personnes réparties sur un territoire détenu par quatre pays du Moyen-Orient : la Turquie (18 millions), la Syrie (2 millions), l’Irak (7 millions) et l’Iran (8 millions). Même si cet ensemble de personnes est uni par une identité ethnique et des langues communes, en l’occurrence des dialectes issus de la famille de langues iraniennes dont le kurmandji, le sorani  et le zazaki, les kurdes sont en réalité, par leur répartition dans plusieurs pays, divisés par des identités culturelles et religieuses différentes. La principale religion kurde  est l’Islam sunnite, mais d’autres religions sont également pratiquées comme le yézidisme, le zoroastrisme ou encore le christianisme et le judaïsme.

Historiquement, les Kurdes sont présents au Moyen-Orient depuis la préhistoire. Les Mèdes, considérés comme leurs ancêtres, exerçaient une domination politique sur l’ensemble du territoire allant de l’Anatolie à la frontière actuelle de l’Iran avec l’Afghanistan. C’est en 612 avant J.C. que les nationalistes Kurdes datent le début de leur ère. Ensuite, lors de l’Antiquité et jusqu’au Moyen-âge, les Kurdes ont continué à dominer une grande partie de l’Iran, effectuant plusieurs campagnes de conquête de territoire. Convertis à l’Islam, ils se sont intégrés au monde musulman et ont entamé des relations avec les autres pays du Moyen-Orient, affirmant en même temps leur puissance politique sur leur territoire. Alors bien installé en tant que pays stable et prouvant sa force, le Kurdistan arrivait à unir sa population sous une même langue et culture lors du XVème siècle, un siècle plus tard. Cette union s’est encore vue être mise au défi, puisque le Kurdistan s’est retrouvé au milieu de la lutte entre les Empires Ottoman et Perse. Ces deux empires étaient de grands rivaux au Moyen-Orient, tentant chacun d’imposer leur suprématie sur l’autre et d’étendre leur vision de l’islam, sunnite ou chiite. Voyant que le Kurdistan était un territoire clé pour leurs affrontements mutuels, les deux puissances ont essayé de traiter avec les Kurdes. D’un côté, l’annexion par la Perse menaçait le Kurdistan, tandis que de l’autre, une alliance et intégration à l’Empire Ottoman sous forme de province autonome était envisagée. L’option finalement choisie fut la seconde, ce qui priva pour le restant de leur histoire les Kurdes d’un territoire uni et défini territorialement. Au sein de l’Empire, comme beaucoup d’autres nations alors ottomanes, les Kurdes ont souvent tenté de créer leur propre État, à travers des révolutions et attaques armées contre les dirigeants turcs, sans succès et à chaque fois matés par la répression. Pour les nationalistes, une lueur d’espoir de retrouver leur Etat surgit enfin après la Première Guerre Mondiale et la dissolution de l’Empire Ottoman. En effet, il était prévu par le traité de Sèvres, conclu en 1920 entre la Turquie et les Alliés européens, de rendre le Kurdistan autonome à l’instar d’autres pays présents dans l’Empire Ottoman. Cependant, là intervient ce qu’ils considèrent comme une des plus grandes injustices pour les Kurdes : Le traité est finalement abandonné et ne sera jamais ratifié, laissant place plusieurs années plus tard au traité de Lausanne ne prévoyant aucune indépendance Kurde. Les seuls territoires réellement Kurdes restants étaient ceux de la province de Mossoul riche en ressources pétrolières, dont le contrôle a été octroyé en 1925 à l’Irak par le Royaume-Uni, ce qui marqua la fin officielle de tout  Kurdistan et son partage entre quatre pays. 

Maintenant que l’on connaît leur histoire, il est plus facile d’identifier qui sont les Kurdes et pourquoi ils sont autant divisés aujourd’hui. Parmi les 4 pays où ils sont présents au Moyen-Orient (Irak, Iran, Syrie, Turquie), des mouvements de libération différents ont été mis en place sans véritable coordination entre les acteurs Kurdes. C’est pourquoi il convient de traiter de ces mouvements de manière séparée pays par pays sans parler de tendance Kurde en général.

Commençons par l’Irak. Depuis son indépendance, les Kurdes vivant au Nord du pays ont subi une oppression constante de la part des autorités irakiennes, et notamment des attaques régulières ciblées contre les populations civiles. Sous Saddam Hussein, les Kurdes avaient été attaqués par dizaines de milliers à l’arme chimique à l’instar de la population civile irakienne, ainsi contraints de fuir vers le Nord du pays et la Turquie, dont les frontières étaient cependant perméables. Suite à la Première Guerre du Golfe, cette tendance s’est accélérée puisqu’un million et demi de personnes ont dû fuir vers ces régions, ensuite protégées par l’ONU sous le contrôle des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de la France. Depuis, la région du Kurdistan d’Irak jouit d’une certaine autonomie politique et économique reconnue par l’Etat irakien. Il s’agit jusqu’à aujourd’hui de l’exemple le plus proche d’un Kurdistan en tant qu’Etat malgré son appartenance manifeste au pays de l’Irak, et son drapeau est le plus connu puisque souvent utilisé dans des projets d’union kurde totale. 

Ensuite, en Iran, plusieurs projets d’indépendance ont également vu le jour. Notamment, en 1946, la République de Mahabad avait été proclamée comme pays kurde, mais très rapidement détruite par les forces armées iraniennes. En 1979, les forces armées kurdes avaient également tenté de participer au renversement du Shah iranien, ce qui a causé depuis un demi siècle la persécution et discrimination constante des kurdes, dont la langue a été bannie et formant 50% de la population emprisonnée. Les droits humains des Kurdes restent totalement bafoués en Iran, où les Kurdes sont le troisième plus grand groupe ethnique après les Perses et les Azéris. 

Poursuivons en Syrie, où la situation Kurde n’est pas meilleure que dans les exemples précédents. Également persécutés car étant la plus grande minorité ethnique et présentant un danger politique pour les dirigeants Syriens, dont Hafez et Bachar Al-Assad, les Kurdes ont souvent milité pour avoir leur propre territoire au Nord de la Syrie dans la région du Rojava, qu’ils ont contrôlée militairement depuis 2011 au déclenchement de la guerre civile. Après le retrait des troupes américaines de leur intervention face aux forces islamiques radicales, la frontière entre la Syrie et la Turquie n’a plus été surveillée depuis 2019, ce qui a conduit la Turquie à des aspirations expansionnistes, lançant une incursion militaire sur le territoire autonome Kurde. 

Enfin l’exemple le plus médiatisé et marquant est en Turquie, où les conflits entre Kurdes et Turcs durent depuis des dizaines d’années. Les Kurdes sont au nombre de 18 millions en Turquie et représentent donc une menace pour les Turcs à l’unité nationale et une potentielle perte territoriale. Les turcs ont mené une répression constante sur les Kurdes, profitant notamment de la réclamation d’indépendance et d’autonomie Kurde de la part du parti des travailleurs du Kurdistan à l’Est du pays en 1984 afin de tuer plus de 45000 personnes dont la majorité étant des civils Kurdes. Cette guerre dure depuis 40 ans et n’est à ce jour pas en voie d’être terminée au vu des relations extrêmement conflictuelles entre les deux populations et de l’impasse militaire entre les deux armées. Des négociations sont nécessaires afin de mettre un terme à ces attaques toujours fréquentes, même si un arrêt des répressions est peu probable au vu des intentions panturquistes et nationalistes d’Erdogan, dont les aspirations territoriales s’étendent à des pays étrangers. 

Enfin, la diaspora Kurde est également conséquente, au vu des conflits au Moyen-Orient forçant beaucoup de familles à s’exiler en Europe Occidentale et en Amérique du Nord. Au total, ce sont un peu moins de 3 millions de Kurdes qui sont présents dans le monde occidentaux, et pour qui la lutte vers un Kurdistan uni se poursuit de l’étranger, militant et manifestant régulièrement pour la libération et l’indépendance des populations Kurdes.

Extrait de lumni.fr : Les Kurdes, un peuple sans Etat (vidéo)

Les Kurdes sont donc une population ethnique bien définie et à la culture, la langue et l’histoire propres, mais leur représentation en tant que nation est compromise de par leur profonde fragmentation et le manque d’union entre les mouvements de libération. Si un projet de Kurdistan uni subsiste, il doit absolument passer par un affranchissement de 4 pays en même temps, ce qui semble aujourd’hui quasi impossible au vu des tensions omniprésentes au Moyen-Orient. Le Kurdistan se retrouve au milieu de beaucoup de Bloody Borders comme les décrit Samuel Huntington dans sa théorie du choc des civilisations, ce qui empêche pour les pays où les Kurdes vivent de trouver un accord avantageux de création d’un territoire Kurdistan. La force des Kurdes, à savoir leur présence forte au sein de ces pays où ils représentent souvent un des plus grands groupes ethniques, est également ce qui amène ces pays à les réprimer de manière constante par peur d’un projet politique contraire au leur. C’est notamment sur ce point précis que Vladimir Poutine et la Russie souhaitent appuyer, voyant en un Kurdistan uni une opportunité d’affaiblir ses rivaux Perso-Arabes comme la Turquie ou l’Iran dont les ambitions militaires ne cessent de croître ces dernières années.  Un financement militaire russe des armées Kurdes serait notamment une stratégie envisageable, jouant sur la haine mutuelle entre Kurdes et autres populations afin d’asseoir leur autorité. 

https://www.institutkurde.org/institut/qui_sont_les_kurdes.php

https://www.nationalgeographic.fr/histoire/surnaturel-y-a-t-il-une-part-de-vrai-dans-la-legende-du-monstre-du-loch-ness-ecosse-legendes-effrayanteshttps://www.ifri.org/fr/notes/les-kurdes-un-relais-dinfluence-russe-au-moyen-orient

https://www.lumni.fr/video/les-kurdes-un-peuple-sans-etat

https://rm.coe.int/doc-6-kurde-quelques-informations-accompagnement-linguistique-des -refu/168075aa1e#:~:text=Dialectes%20kurdes, bad%C3%AEn%C3%AE%2C%20variante%20irakienne%20du%20kurmandji

https://www.inalco.fr/langues/kurde

https://www.institutkurde.org/info/diaspora-kurde-1232550920#:~:text=La% 20diaspora%20kurde%20d’Occident,en%20France%20et%20en%20Su%C3%A8de

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