« Menefreghista » en italien, vestige d’un passé fasciste, ode au je-m’en-foutisme

L’histoire de l’Italie au 20ème siècle a été bouleversée et a traversé de nombreuses crises et conflits, notamment dans la première moitié du siècle. Si la société italienne a été largement marquée par ces crises, les conséquences se sont fait ressentir à la fois dans la vie politique et les livres d’histoire, mais aussi au sein de la langue italienne elle-même. On peut donc s’intéresser à un mot en particulier qui est entré dans le vocabulaire italien, « menefreghista ».

Avant de s’attarder sur la signification de ce terme, il s’agit de le remettre dans son contexte. Pour cela, revenons en arrière jusqu’à la Première Guerre Mondiale. En effet, dès 1916, un commandement d’armée spécial sous le nom de Reparti d’assalto a été mis en place par les généraux et les autorités de guerre italiennes afin d’organiser des opérations spéciales dans les Alpes. Ces troupes spéciales, formées en sections d’assaut, étaient saluées pour leur bravoure et leur engagement presque téméraire dans les combats, à la manière des bataillons spéciaux allemands durant cette guerre. C’est de cette témérité que les Reparti d’assalto ont été surnommés les militare arditi, les « soldats téméraires », puis simplement Arditi. Au lendemain de la guerre, il était bien connu que ces groupes, pas encore démantelés, avaient des liens avérés avec les partis ultranationalistes italiens, qui représentaient un danger pour le gouvernement. Ils ont donc été répartis au sein de l’Empire colonial italien, dont en Libye, ou alors complètement démantelés.

Cette disparition soudaine était sans compter sur la montée du fascisme en Italie, avec Benito Mussolini. En effet, ils étaient étroitement liés au parti italien extrémiste des Fasci italiani di combattamiento, qui deviendra, comme vous l’aurez deviné à la proximité lexicale, le parti fasciste. En organisation populiste, comme beaucoup d’autres, le parti fasciste a largement glorifié certains personnages de l’histoire italienne, et exacerbé le ressentiment vis-à-vis des séquelles subies lors de la première guerre mondiale. Les arditi étaient donc perçus comme des véritables héros de la nation, leurs chants repris en masse et leurs combattants honorés. Cela faisait intégralement partie de la politique de propagande italienne fasciste. Ces arditi étaient invités à diriger la politique intérieure, au vu de leurs exploits. Mais si plusieurs de leurs symboles ont été repris par le système fasciste, le slogan non me ne frega, en français « je n’en ai rien à faire », était parfaitement inséré dans la politique et avançait un double message. D’un côté célébrant la bravoure de ces combattants sur le champ de bataille et de l’autre faisant office pour les fascistes d’un message de ras-le-bol facilement transmissible et rapidement répandu au sein de la population italienne, face aux gouvernements et partis traditionnels avant l’époque fasciste.

De cette expression est née le mot menefreghista, qui signifie en français : « celui qui n’en a rien à faire », assez comparable au terme « je-m’en-foutiste », bien que différent du fait du contexte et de l’utilisation de cette locution d’un pays à l’autre.

Cette expression demeure aujourd’hui utilisée dans l’ensemble du pays, du nord au sud, mais a perdu sa dimension fasciste. De nos jours, si l’on vous appelle menefreghista, vous ne serez pas considéré comme un amateur des arditi ni de Benito Mussolini, mais bien d’une personne qui n’en a simplement rien à faire, généralement dans un contexte sociétal et politique, qui ne se soucie peu ou pas du tout des autres, dans une forme d’individualisme et de désintérêt total pour les enjeux de société. Parfois, cela relève davantage d’une forme d’égoïsme et d’individualisme, de ne se soucier que de ce qui nous concerne ou touche directement.

Un terme assez simple à traduire dans son sens, mais pour lequel on ne peut trouver de notion équivalente tant le contexte de son apparition est spécifique à l’Italie et à une époque sombre de son histoire contemporaine.

SOURCES

Auteur/autrice

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *