Vous avez sûrement déjà entendu parler de la Laponie, cette région de Finlande située dans le cercle polaire. Elle est particulièrement connue en Occident à cause du mythe du village du Père Noël et de ses lutins dans leur fabrique à jouets, comme mis en scène dans les pubs de Coca-Cola. Mais si cette région apparaît mythique et féérique, elle fait en réalité partie du territoire où vivent une partie des Samis, les peuples nomades scandinaves antiques qui sont présents en Scandinavie depuis des milliers d’années.
Ainsi, nous allons essayer d’en apprendre plus sur cette culture nordique ancienne : Quelle est son histoire et quelle est sa place dans les pays scandinaves aujourd’hui ?
Le peuple Sami s’est installé dans le nord de la péninsule scandinave il y a plus de 10 000 ans, suivant un dégel massif de ces régions donnant un accès à l’habitation dans ces régions, même si celle-ci est de nature nomade et non sédentaire au contraire de d’autres peuples indigènes dans d’autres régions du monde. Grâce aux recherches archéologiques, on a pu découvrir des traces d’habitations datant d’entre 11000 et 5000 avant JC. Leur style de vie était et est, toujours basé sur la chasse, notamment de rennes sauvages, ainsi que sur l’entraide et la vie en communauté très soudée. Les descriptions données par les généraux romains en conquête vers le Nord et les rois suédois, affirment également que les Samis s’habillent de larges fourrures et dorment par terre dans des tentes.
Même si le territoire des Samis a toujours été le « Sápmi », territoire large s’étendant de la Norvège à la Russie (cf carte ci-dessous), le fléau de la colonisation s’est aussi abattu sur ce peuple, dont le territoire a souvent été revendiqué entre le 13e siècle et aujourd’hui comme appartenant aux rois suédois et danois, ayant le contrôle sur l’entièreté de la Scandinavie. Entre l’envoi de missionnaires dans le but d’évangéliser la région, les mesures prises afin d’éradiquer la religion des Samis et le partage souvent instable de leur territoire, on peut dire que ce peuple a été plutôt malmené et mal représenté dans l’histoire, à l’exception de quelques rois tentant de légiférer sur la protection de la culture et du territoire. Malheureusement, ces tentatives d’effacer ou d’amoindrir cette culture se sont perpétuées jusqu’aux 20ème et 21ème siècle, même si aujourd’hui, grâce aux organisations des Nations Unies de protection des minorités agissent contre ces discriminations.
Maintenant, intéressons-nous à ce qui constitue véritablement la culture Sami, qui elle-même est subdivisée en plusieurs entités culturelles, toutes différentes les unes des autres. La production de textiles particuliers, notamment, fait partie intégrante de l’identité Sami, marquée par les habits colorés, souvent en bleu, rouge et jaune, que portent les habitants du Sapmi. Traditionnellement, ceux-ci étaient fabriqués en fourrure de renne et d’autres animaux, avant que les Samis ne puissent, grâce au commerce, développer des habits en coton, laine ou autres matériaux. Et si maintenant il n’est plus utilisé que pour des occasions spéciales, le Kolt, habit traditionnel sami (comme montré sur la photo ci-dessous), était porté tous les jours, et différait selon le genre et l’âge de celui qui le porte. Aujourd’hui, il s’agit d’un des symboles Samis importants permettant à ce peuple de revendiquer fièrement son identité et sa culture.
C’est linguistiquement que l’on observe une diversité considérable chez les Samis. En effet, même si on les regroupe aujourd’hui dans un seul et même groupe, il existe bien plus de langues samis et de nations qui peuvent y être associées. Ainsi, les langues samis se sont réparties en trois groupes : Sami méridional, central et oriental. Ces derniers comprennent chacun beaucoup d’autres langues reconnues comme telles. On retrouve parmis elles, (de la région la plus au sud à celle la plus au nord) le Sami du Sud, Sami Ume, Sami Pite, Sami Lule, Sami du Nord, Sami Inari, Sami Skolt, Sami Kildin, Sami Ter. Malgré cette différence linguistique accrue, la compréhension entre chaque groupe est possible au vu de la proximité de ces langues, ce qui permet aux Samis de se retrouver dans leur entièreté sous des chants qui les concernent tous, comme notamment l’hymne Sami, Sámi soga lávlla, dont voici les paroles :
Loin au nord, sous la Grande Ourse,
S’élève doucement le pays des Samis.
Montagne après montagne,
Lac après lac,
Sommets, crêtes et plateaux
S’élèvent vers le ciel.
Rivières gargouillantes, forêts soupirantes,
Caps de fer pointant vers l’horizon,
Vers la mer agitée.
Un hymne qui appelle bien évidemment à la situation géographique du territoire des Samis, une contrée nordique large et pleine de nature, dont la tranquillité et l’étendue font partie intégrante du quotidien des Samis de leur mode de vie nomade.
Ces langues appartiennent à la famille des langues ouraliennes, qui comprend notamment le finnois et l’estonien, mais aussi le hongrois. Elles se sont développées il y a des milliers d’années, mais n’ont jamais été transcrites à l’écrit. A l’école, la langue apprise n’était que celle du pays où ils vivaient, et les langues Samis n’étaient ni enseignées ni même un sujet d’étude pour les écoliers et les étudiants jusqu’à récemment. Même aujourd’hui, peu de personnes sont locutrices des langues samis, on compte, en tout, un peu moins de 30 mille personnes seulement en Suède, où la population sami est la plus grande.
A présent, l’identité culturelle et linguistique Sami est enfin un peu plus reconnue à sa juste valeur. Les langues jouissent d’une protection légale des langues minoritaires, les gouvernements des divers pays financent le maintien et l’enseignement des langues et la protection de la chasse du renne ainsi que de la production des kolts, mais la lutte pour arriver à ce statut n’a pas toujours été simple. Le racisme et la discrimination opérés par les gouvernements et les peuples suédois, norvégien et finnois, a duré depuis des siècles et ne s’arrête d’ailleurs toujours pas. On trouvait encore, par exemple, des lois subjectives déterminant si quelqu’un pouvait être reconnu comme Sami ou non simplement en fonction du nombre d’ancêtres Samis, à la langue parlée dans le foyer ou au fait de chasser le renne ou non. Un terme dégradant a même été introduit par les finnois, les « Lappes », pointant du doigt ce peuple sauvage et indigène du nord, différent des finnois civilisés. C’est de ce même nom qu’est né le nom « Laponie », territoire qui, en réalité, ne correspond même pas dans son intégralité au territoire Sami.
Grâce au fruit d’une lutte sociale et de procédures légales contre les gouvernements, les Samis peuvent enfin être considérés de manière égale aux suédois, norvégiens et finnois, ayant notamment un parlement attitré en Suède. Comme pour tout mouvement de revendication culturelle, c’est par l’art que s’exprime cette identité Sami, avec une présence accrue d’artistes, d’auteurs, de musiciens et de producteurs de films d’origine Sami parmi la scène mainstream de l’art et la culture dans les pays scandinaves aujourd’hui.
SOURCES
- https://www.samer.se/2987
- https://www.nordic-voyages.fr/destinations/laponie/sami/
- https://degotland.blogspot.com/2013/11/kolt-et-respect-de-traditions.html
- https://en.wikipedia.org/wiki/S%C3%A1mi_languages
- Cours d’étude des cultures scandinaves (Skandinavier Kulturwissenschaft) à l’Université de Fribourg en Brisgau, Allemagne
