L’identité linguistique et culturelle de la Catalogne

Parmi les membres de ma famille, quelques-uns vivent à l’étranger. Plus particulièrement, c’est dans le Nord de l’Espagne que je retrouve, quelques étés depuis que je suis petit, ma tante, mon oncle et mes cousins. Mais pour eux, cet endroit ne s’appelle pas l’Espagne. En effet, c’est la Catalogne qui prime. Si cet article part d’une expérience familiale personnelle, il s’inscrit dans le souhait de relater des identités culturelles et linguistiques particulières sur notre planète, qui se détachent parfois de la vision nationale centralisée. Ainsi, sans plus attendre, intéressons-nous à la Catalogne et en quoi cette région est si particulière.

Premièrement, il va de soi qu’un éclairage historique constitue un atout essentiel pour une compréhension complète de la situation.

Tout commence lors de l’occupation de l’Espagne par l’Empire Romain. En effet, à cette époque, la péninsule Ibérique, alors dénommée « Hispania », était entièrement occupée par les romains au même titre que la Gaule. Comme pour le cas de cette dernière, les outils modernes romains et le Latin ont commencé à s’insérer dans le quotidien et le langage des habitants.

Plusieurs langues dérivées du Latin sont nées : le Castillan, le Galicien, le Portugais ou encore le Catalan. C’est bien cette première qui s’est finalement imposée et transformée vers l’Espagnol moderne, mais ces autres langues ont également survécu et ont été le berceau d’identités régionales particulières au sein de l’Espagne.

Au Moyen-Âge, administrativement, la Catalogne faisait partie du Royaume d’Aragon, un des Royaumes Espagnols catholiques ayant combattu et repoussé l’invasion musulmane par le Sud. 

Les Catalans vivaient donc en paix et cohabitation avec les Aragonais, qui respectaient la diversité culturelle et linguistique au sein du Royaume, ce qui permettait une réussite à cet État. Les rois Catalans exprimaient une domination au sein de l’Europe, permettant à l’Aragon de pouvoir poursuivre des conquêtes territoriales dans un premier temps vers Valence et Majorque, en Espagne actuelle, mais également en Corse, Sicile, Sardaigne (où l’on parle encore Catalan aujourd’hui) et enfin même Naples.

En 1410, un changement dynastique important s’effectua, et ce territoire d’Aragon, représenté par le roi Ferdinand, s’unit avec la Castille lors du mariage de celui-ci avec Isabelle de Castille. C’est ainsi que s’est formée l’Espagne moderne telle que nous la connaissons à présent.

Après cela, les Habsbourg autrichiens ont eu le pouvoir en Espagne, impliquant notamment le pays dans la guerre de 30 ans, pendant laquelle la Catalogne perdit le Roussillon et la Cerdagne au profit des Français. Cela a entraîné un profond désaccord entre Catalans et Castillans, qui se sont battus pour la Succession d’Espagne entre 1701 et 1714. Barcelone tomba le 11 septembre 1714, aujourd’hui fête nationale Catalane, et l’indépendance catalane se termina. 

Au cours des siècles suivants, l’identité culturelle et linguistique catalane fut effacée et mise au second plan, au profit des Espagnols, et pendant une courte période de la France Napoléonienne.

En 1932, la Catalogne retrouva son autonomie mais pour une courte durée : La Guerre Civile Espagnole entre Nationalistes et Républicains a bouleversé le statut des régions espagnoles.

Avec l’arrivée en 1939 de Franco au pouvoir, la Catalogne, alors symbole fort de la résistance républicaine, fut sévèrement réprimée. Le Catalan était interdit, qu’il soit parlé ou lu, la population était forcée par l’armée de manifester à la gloire de Franco, et les partis politiques de gauche, dont la majorité de la Catalogne faisait partie, ont été interdits et leurs adhérents réprimés.

Cette longue période de crise a poussé de nombreux Catalans à fuir leur maison, laissant tout derrière eux pour rejoindre le Pays Catalan français, notamment autour de Perpignan, afin de reconstruire leur vie. C’est l’histoire de mes arrière-grands-parents, fuyant la crise et la dictature franquiste afin de repartir à zéro dans un nouveau pays.

Ce n’est donc qu’après Franco et le retour de la démocratie que la Catalogne a pu retrouver son statut de région autonome et que le Catalan a été autorisé.

Depuis, la langue catalane est omniprésente dans la vie des habitants de la région. En tant que langue officielle, elle est aujourd’hui toujours enseignée à l’école, parlée à l’université, et employée au travail. L’importance du catalan est largement reconnue : environ 9 millions de personnes le parlent, et des dizaines de milliers d’ouvrages y sont publiés chaque année. 

Il figure également parmi les langues les plus traduites au monde dans le domaine universitaire. Il semble que l’on ne peut pas vivre sans le Catalan en Catalogne puisqu’il fait partie intégrante de la vie de tous les jours, et ce en dépit de l’espagnol, qui se retrouve donc au second plan. 

Malgré ce gain d’autonomie et de puissance, un clivage subsiste entre ceux qui souhaitent que l’Espagnol soit la seule langue parlée et d’autres qui militent pour l’indépendance catalane, sous ce drapeau symbolique, la Senyera :

Ce drapeau aux bandes rouges est inspiré par la légende de Guifré el Pelos, père fondateur du Comté de Barcelone en 897 (ancienne Catalogne), qui aurait dessiné sur son bouclier quatre bandes rouges avec son sang lors de combats contre les Hispaniques. 

Aujourd’hui, on retrouve le catalan dans les rues des villes et dans les foyers des habitants, mais c’est surtout à travers le sport qu’il se fait remarquer. Il est notamment affiché sur les maillots du Barça, le club de Barcelone, dont les confrontations avec un club de Madrid accentuent le clivage entre nationalistes de la capitale et républicains catalans. 

La devise du club est d’ailleurs Més que un club (Plus qu’un club) citant son président Narcis de Carreras en 1968 : « Le FC Barcelone est plus qu’un club de football, le FC Barcelone est plus qu’un endroit où se jouent des matches de football le dimanche. Au-delà de tout cela, c’est un esprit que nous avons tous à l’intérieur, ce sont des couleurs que nous aimons. ». Encore aujourd’hui, ses joueurs entonnent le «Visca el Barça y Visca Catalunya » (Allez le Barça et vive la Catalogne), et le club devient un symbole puissant pour l’identité catalane.

Les parlementaires catalans se battent toujours autant au niveau national pour l’indépendance, un mouvement motivé par la population de la région. 

Toutes les composantes pourraient être réunies : Un territoire historique reconnu et délimité, une langue et une culture partagée par les membres de la population, et enfin une activité économique plus que suffisante. Seul élément manquant : la puissance publique, à savoir un gouvernement autonome. Cependant, compte tenu de l’importance qu’a la région catalane pour l’économie et le tourisme espagnol (venant notamment de France, d’Allemagne et des Pays-Bas), il semble peu probable qu’une indépendance totale pourra être votée dans les années à venir.

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