Rebonjour ! J’espère que vous avez apprécié la première interview. Pour ce mois-ci je vous propose de découvrir l’entretien avec Valentin Camus, enseignant en DU Communication/Traduction mais également en Histoire et esthétique du cinéma.
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« SARAH DUMAS : Merci d’avoir accepté l’interview, pour commencer, pourriez-vous nous rappeler votre parcours ?
VALENTIN CAMUS : Alors, je suis un ancien étudiant de l’UCLy et c’est ici que j’ai fait ma licence de Lettres Modernes en 2017 durant laquelle j’ai pu participer à des expériences dans l’associatif. Plus tard, je me suis dirigé vers un master en Art du Spectacle à Lille, plutôt tourné sur la recherche en cinéma et en musique.
Ensuite, je suis revenu sur Lyon et plus précisément à l’UCLy, où j’ai fait un stage de fin d’études pendant 6 mois à la Mission Culture qui organise des événements pour les étudiant⸱e⸱s de l’école. La Mission Culture s’organise notamment du Festival Music’Ly, des rendez-vous ciné ou encore des expositions. Après coup, j’ai commencé à travailler dans la communication à l’UCLy, et concrètement je n’avais pas de formation initiale en communication mais je connaissais bien la maison parce que j’étais un ancien étudiant.
En fin de compte, j’ai commencé comme ça, en remplacement, et parallèlement j’ai commencé une thèse en Sciences de l’Information et de la Communication à Lyon 3.
SARAH DUMAS : Donc, aujourd’hui vous définiriez-vous comme professeur enseignant-chercheur ?
VALENTIN CAMUS : Mon activité principale c’est doctorant, et à côté je travaille pour financer mon doctorat : donc doctorant et chargé d’enseignement. Je suis aussi responsable des études du Diplôme Universitaire Communication, Traduction à l’ESTRI.
SARAH DUMAS : Et auriez-vous d’autres projets post-doctorat ?
VALENTIN CAMUS : L’idée est de continuer dans l’enseignement et la recherche. A l’ESTRI et à l’UCLy je donne surtout des cours dans deux disciplines. D’abord, dans les Médias Studies : l’histoire des médias, l’écriture médiatique. Mais également, dans le cinéma, les analyses de films et la sémiologie.
Ma thèse est plus portée sur un aspect socio-anthropologique, je travaille sur la médiatisation des jeux de rôle. Là, on est sur les « Games Studies » donc l’analyse du jeu en tant que fait anthropologique et social ; aussi sous l’égide de l’Info-com.
SARAH DUMAS : Comment avez-vous fait pour vous spécialiser et trouver ce que vous vouliez faire après votre licence ? Beaucoup d’étudiants sont un peu perdus concernant le choix de leurs futures carrières.
VALENTIN CAMUS : L’opportunité de faire une formation universitaire est que c’est assez ouvert pour se donner la possibilité d’avoir une hauteur de vue. Ce n’est pas fondamental de choisir une spécialité pendant la licence, car c’est vraiment une période qui sert aussi à construire ses attentes pour le futur. Je crois qu’en fait il faut se laisser le temps pour faire maturer ses envies, prendre du recul et profiter de l’ouverture disciplinaire de l’Université. Il ne faut pas se stresser de courir après un projet dans le dur, même si le fait de déjà savoir ce que l’on aimerait faire plus tard est très bien.
De toute façon, vous êtes à un âge où tout est amené à évoluer d’une année à l’autre.
Puis, si ce que vous faites ne vous convient pas, vous trouverez les ressources pour faire autre chose.
SARAH DUMAS : Justement, est-ce que vous pensez que notre licence et son DU Communication, Traduction donne les armes nécessaires pour faire un master seulement en communication ?
VALENTIN CAMUS : […] Le côté professionnalisant est un rôle plutôt attribué au master, dans ma perspective. Et ça rejoint un peu ce que je vous disais sur l’objectif de cette licence, une bouffée d’air avant ces deux années de master qui vous donneront des clés et des armes plus concrètes.
C’est une occasion qu’on a plus après dans la vie.
On a trois ans pour ouvrir le maximum de portes dans cette thématique et potentiellement créer des envies, des vocations et des réflexions. Je crois que ça contribue aussi, d’une certaine manière, à créer des compétences, des connaissances. C’est de ça que je parle quand je parle de « hauteur de vue ».
Les étudiant⸱e⸱s ont les bonnes armes, dans la mesure où d’une part, on essaie de conserver cette partie professionnalisante, mais par ailleurs on vous enseigne des « matières universitaires » qui sont plus sous l’angle de la recherche ou de la pensée abstraite.
Toutes les compétences pratiques, pour la plupart, relève du bon sens ou de l’expérience. J’essaie de mettre l’attention sur ces connaissances qui sont plus dures à obtenir par soi-même et plus transversale.
SARAH DUMAS : Vous avez évoqué le marché du travail et l’intelligence artificielle, serait-il possible de savoir comment vous voyez un peu le futur sur ces métiers ?
VALENTIN CAMUS : Je travaille un peu dans ma thèse sur l’IA, mais plus dans le domaine de la narration, et du récit. Sur le côté très professionnalisant, je crois qu’à terme, effectivement la plupart des métiers seront simplifiés, voire remplacés. Il ne faut pas se voiler la face.
Après la question c’est : “Comment se positionner face à ça ?” “Comment apprendre à travailler avec ces outils pour travailler plus vite, travailler moins ?”
Sur le court terme, tout ce qu’on peut faire c’est insuffler des compétences sur l’IA dans nos cours, ne pas aller à contre-courant, mais justement apprendre à travailler avec et à penser avec un enjeu conceptuel derrière plus que technique parce qu’en fait tout le monde peut utiliser l’IA.
Je crois que c’est aussi important de continuer à s’émerveiller de ce que l’IA est capable de faire !
SARAH DUMAS : Concernant le marché du travail, beaucoup d’étudiants se dirigent vers cet avenir, on voit que ça devient très concurrentiel, qu’en pensez-vous ?
VALENTIN CAMUS : Effectivement, il y a beaucoup d’étudiant⸱e⸱s qui se forment à la communication, mais peu viennent de l’université. C’est aussi à ça que servent ces cours transversaux, à vous donner un bagage culturel et intellectuel qui vous permettra de vous différencier sur le marché du travail.
D’autre part cette dimension internationale apportée par les langues et rarement accolée à la communication, en tout cas pas aussi fortement, vous apporte un autre atout.
Je crois que c’est ça la corde sur laquelle jouer quand on rentre dans le monde professionnel, c’est ce qui donnera à un profil son intérêt et qui le rendra compétitif. En fait, vous ne serez pas simplement des techniciens mais aussi des penseurs de la communication, et là on rentre dans une autre dimension.
SARAH DUMAS : Est-ce que vous pensez à des métiers dans la communication ou dans la traduction qui ne sont pas forcément ceux auxquelles on pense, et qui pourtant pourraient être très intéressants ?
VALENTIN CAMUS : Je dirais plutôt que l’enjeu avec ces postes-là est basé sur de la pluridisciplinarité, le fait d’être couteau suisse. Ça ne vient qu’avec le temps, l’expérience et la pratique.
L’idée pour se démarquer est d’avoir un profil transversal ; faire de la communication, mais aussi savoir gérer une équipe, faire de l’événementiel…
Je n’aurais pas de corps de métier spécifiquement à vous conseiller. On est sur un domaine qui est tellement vaste que je pense que le critère principal à suivre c’est celui de l’intérêt personnel, de l’appétence, c’est ça qui va nourrir votre spécificité.
Après encore une fois le conseil principal, c’est de se laisser du temps.
Je sais que c’est très inquiétant, le marché du travail et tout ce qu’il est aujourd’hui c’est compliqué. On se demande si ce que l’on est en train de faire maintenant va nous servir plus tard. Quoi que vous fassiez, j’en suis convaincu. Si ce qu’on vous donne aujourd’hui, vous vous l’appropriez de manière complète et que fondamentalement cela vous plaît, je pense que dans les années qui suivront, vous serez tout à fait à même de trouver du travail.
SARAH DUMAS : Vous parliez de se laisser le temps pendant la licence, je me demandais justement s’il y aurait des choses à faire maintenant pour mieux profiter de cette période ?
VALENTIN CAMUS : C’est récent pour moi. Je sais qu’on a l’impression de manquer de temps mais on en a tellement plus que quand on rentre dans la vie active. Moi, je dirais qu’il faut engranger le plus de connaissance possible : donc lire, suivre des cours optionnels. On a un peu la “flemme” de le faire, je le sais.
C’est aussi important de profiter de sa vie étudiante, ce sont des moments de vie très particuliers, qu’on retrouve moins ou peu après, il ne faut pas le regretter plus tard.
Essayez de faire des choses qui vont dans le sens ou pas de nos études, multiplier les expériences de tout genre que ce soit personnel, professionnel ou intellectuel justement c’est ça qui va vous apporter de la clairvoyance quand le moment viendra de faire un choix.
SARAH DUMAS : Est-ce qu’il y a des choses dans votre parcours que vous auriez voulu faire autrement ?
VALENTIN CAMUS : C’est difficile comme question. Je suis plutôt content de dire que non.
J’aurais bien aimé continuer la thèse directement après le master, mais matériellement ce n’était pas possible. Il fallait que je travaille quelques années le temps de stabiliser mes finances. C’est plus difficile après pour reprendre avec le travail, la thèse, les cours.
Aujourd’hui je fais de l’Info-com, avant je faisais de l’Art du Spectacle, et encore avant je faisais des Lettres. J’ai dû rattraper un bagage intellectuel et fondamental sur les sciences de l’information de communication que je n’avais pas spécialement, mais je ne sacrifierai pas ce parcours qui m’a appris plein de choses qui me nourrissent aujourd’hui dans mon activité professionnelle.
D’autant plus que je suis allé vers des choses qui me plaisaient. Au final, il faut se laisser guider par la boussole de ses envies pour ensuite les exploiter.
SARAH DUMAS : Pour revenir à votre métier aujourd’hui, pourriez-vous nous donner les points positifs et négatifs de votre métier ?
VALENTIN CAMUS : C’est un peu particulier, car je suis enseignant à l’ESTRI et à Lyon 3, je suis communicant à l’UCLy, responsable des études à l’ESTRI et je fais ma thèse à côté. […]
Pour les bons côtés de l’enseignement, ce serais la transmission, et le fait d’apprendre. Quand je prépare mes cours j’apprends forcément des choses. Il y a une forme de stimulation intellectuelle constante, de toujours être dans l’apprentissage et l’échange.
Pour les points négatifs, je ne sais pas. La correction de copie, c’est très long, très fastidieux puis quand il faut faire la police dans les classes, mais généralement cela n’arrive pas trop.
Pour parler plus de la communication, je crois que dans ce métier tout est toujours différent, la routine existe moins et c’est peut-être ça qui est séduisant aussi.
SARAH DUMAS : Concernant les cours que vous enseignez en communication, est-ce qu’il y a un message/des éléments que vous voulez faire passer ?
VALENTIN CAMUS : Derrière chaque cours, il y a au moins une grande idée que l’on veut que les étudiant⸱e⸱s comprennent, c’est le fil rouge. Par exemple, pour l’histoire des médias c’est le rapport entre pouvoir et culture, l’évolution de la transmission de la connaissance. Il y a une matrice qui fait le cours, qui est de penser des évolutions socioculturelles de la société en réaction aux médias.
Fondamentalement les dates, les personnes qui ont fait ci ou ça, ça relève de la culture générale, mais je n’ai pas d’intérêt à ce qu’ils le retiennent particulièrement.
Je souhaite que les étudiants et les étudiantes comprennent l’enjeu plutôt que les faits.
SARAH DUMAS : Vous avez évoqué plusieurs fois le cinéma, vous faites aussi des cours sur le cinéma et beaucoup d’étudiants sont intéressés par ce monde-là, auriez-vous des conseils pour eux ?
VALENTIN CAMUS : C’est pas du tout impossible. L’Info-com et les études cinématographiques sont des vases communicants. En fait, il y a deux aspects, celui plus intellectualisant qui est tout à fait possible dans une perspective de recherche après une licence en Communication ou en LEA. Cela étant, il y a l’aspect pratique qui demande une mise à jour sur la dimension plus technique du cinéma. En tout cas, en termes de mode de pensées, on est quand même sur des sujets qui se rejoignent, je crois.
Et il ne faut pas hésiter dans ces cas-là à nous le dire, c’est important, nous dire que plusieurs se posent des questions et s’intéressent à ça, veulent en apprendre davantage.
Cela peut nous prendre plus de temps parfois pour comprendre quelles sont les envies des étudiants et des étudiantes. Au fur et à mesure des années généralement cela nous vient. Ce temps peut être réduit si l’on valorise justement cette communication ; entre vous, vos attentes et nous ce que l’on vous propose. Typiquement là sur le cinéma, ça peut tout à fait être mis en place facilement.
C’est la chance qu’on a en Sciences Humaines et Sociales parce qu’on bénéficie d’une pluridisciplinarité qui fait que l’on peut toucher à tous les sujets sous l’angle de notre méthodologie qui est celle de l’Info-com ou de la LEA.
SARAH DUMAS : On a également reçu des questions pour savoir quel serait votre film préféré ?
VALENTIN CAMUS : Oh wow, ça c’est difficile comme question.
Je n’ai pas de film préféré mais je peux donner quelques pistes. J’aime beaucoup les films de la Nouvelle Vague (Godard, Truffaut…), notamment le courant de la « Nouvelle Vague Rive Gauche » qui est un cinéma indépendant français des années 60, plutôt porté sur les questions plus intellectualisantes, plus anthropologiques, plus sociales avec des réalisateurs comme Varda, Demy, Marker ; qui a aussi beaucoup travaillé sur le documentaire.
Mon sujet de thèse porte sur les jeux de rôle, un objet de culture populaire par excellence. Je trouve qu’il n’y a rien de plus intéressant que de mettre sous un prisme intellectualisant, un sujet qui ne l’est pas au premier abord. Et ça vaut pour les films grand public, les objets de culture populaire.
J’ai adoré le dernier Godzilla, par exemple.
Pour l’instant mon film préféré, c’est Joli mai de Chris Marker.
Après, dans le cinéma français, il y aussi les Bacri-Jaoui ; Le goût des autres, Cuisine et dépendances.
[…]
SARAH DUMAS : Est-ce que vous auriez des conseils pour les personnes intéressées par le journalisme ?
VALENTIN CAMUS : Se préparer au concours, et c’est ça l’enjeu.
Il faut bien se renseigner sur les modalités de chaque concours, essayer de se préparer au mieux avec des préparations de revue de presse etc… Généralement, il y beaucoup de questions de culture générale, sur l’actualité. Il faut bien s’emparer des attendus de chaque concours et préparer ça au mieux.
SARAH DUMAS : Et est-ce que vous pensez que c’est plus intéressant de se spécialiser d’abord dans le journalisme, mais aussi dans la traduction ou de faire un master plus général ?
VALENTIN CAMUS : Là c’est très personnel, je pense qu’il n’y a pas de bonne réponse à cette question.
De mon point de vue, l’idée est de voir transversal, de faire quelque chose d’ouvert et ensuite de se spécialiser pour les mêmes raisons que celles que j’évoque depuis le début.
Tout ce qu’on peut voir dans une perspective large, ça sera utile si un jour on veut changer de poste. Les études servent à ça : à s’ouvrir, à se spécialiser, sans se cloisonner. Je sais que c’est un peu paradoxal.
SARAH DUMAS : Tout à l’heure, vous nous avez conseiller de lire à côté de nos études, est-ce qu’il y a des auteurs ou des livres en particulier que vous pourriez nous recommander ?
VALENTIN CAMUS : Bien sûr, ce sont des livres qui sont toujours intéressants à lire même si l’on n’est pas en communication. Je dirais Walter Benjamin, « L’œuvre d’art à l’heure de la reproduction reproductibilité technique » pour la communication est toujours dans cette idée de comprendre une pensée générale et ensuite de nourrir une autre vision du monde. Bon là, c’est vraiment un livre d’universitaires.
Après ma licence, je lisais beaucoup Frédéric Martel qui est un sociologue et journaliste français. Il a travaillé sur la culture mainstream, le cinéma, les réseaux sociaux. Il a écrit Mainstream de fait, qui est merveilleux et qui est très facile d’accès et je pense que ça peut être un bon point de départ pour tous et toutes. C’est un peu ce qui a construit mon appétence au traitement intellectuel des sujets de culture populaire.
Pour le cinéma, il y a les éditions « Actes Sud » de l’Institut lumière qui sont toujours très bien, il y a aussi « La parade est passée… » de Kevin Brownlow, ce sont des ouvrages un peu transversaux. Il y a les ouvrages de Michel Marie et Jacques Aumont qui sont des références sur l’analyse de films et de séquences, puis Chris Marker a un peu écrit aussi.
SARAH DUMAS : Pour finir, est-ce que vous avez d’autres conseils plus généraux pour tous les étudiants ?
VALENTIN CAMUS : Je crois que multiplier les expériences était une bonne manière de résumer le tout. Je crois que ça a cristallisé un peu tout ce que je disais sur le côté universitaire, le fait de toucher à plein de choses. Je crois que c’est ça le cœur de ce que je dirais à tout le monde, de profiter de cet instant de vie pour toucher au plus de choses possibles.
SARAH DUMAS : Super, merci beaucoup ! »
