Entre la France et l’Espagne moderne, dans les Pyrénées occidentales et au bord du Golfe de Gascogne, se trouve une région assez particulière, le Pays basque. Si cette région est partagée entre les deux pays, son identité est, elle, unique et propre à ses habitants et sa population. Une identité qui est fortement enracinée dans sa langue, l’euskara, un langage qui a toujours fasciné les linguistes par sa distinction totale de toute autre langue parlée en Europe. Entre leur langue et leur histoire contemporaine mouvementée marquée par une volonté d’indépendance nationale, les Basques constituent un sujet de recherche particulièrement intéressant et sur lequel il vaut le coup de se pencher en détails.
Une histoire (double) millénaire
L’histoire basque, presque mythologique, a contribué à l’identification de son peuple presque comme une enclave, vestige du passé, à la manière des Irrésistibles Gaulois dans le village d’Astérix et Obélix. Cette histoire, comme celle des peuples dont on ne trouve pas ou peu de traces écrites du passé, est essentiellement racontée par ceux qui ont envahi le territoire basque. En effet, son passé est marqué par de nombreuses époques de domination par des forces étrangères.
Dès la préhistoire, le Pays basque était peuplé et sa population était particulièrement isolée. Les grottes d’Isturitz et d’Oxocelhaya, où l’on a retrouvé des objets et sépultures préhistoriques, en sont la preuve. Cet isolement a duré jusqu’au 6e siècle avant J.-C., lorsque les Celtes les ont envahis, ajoutant des éléments nouveaux à la culture basque comme des rites à l’instar des menhirs ou Cromlechs.
Ensuite, les envahisseurs se sont succédés. Romains, Wisigoths, puis l’armée de Charlemagne, contre qui les Basques ont mené la fameuse bataille de Roncevaux en 778, qui a donné suite à la chanson de Roland notamment. Au Moyen-Âge, les Basques, agacés de voir tous ces peuples essayer de les envahir et les menacer, ont créé leur propre Royaume, celui de Navarre, au 12ème siècle. Celui-ci unissait les territoires de la Gascogne à la Navarre actuelle, et cette alliance se battait contre les Français au Nord, les Anglais par la mer et les Espagnols et les Musulmans au sud. Ceux-ci ont participé notamment à la guerre de Cent ans, à la suite de laquelle un pays basque du nord, alors français, la fameuse Navarre dans l’expression « de France et de Navarre », et un pays basque du sud, par conséquent appartenant au Royaume d’Espagne, sont apparus. La frontière entre les deux pays a été actée en 1659 avec le traité des Pyrénées, et est restée la même jusqu’à aujourd’hui.
Dans les siècles suivants et jusqu’au 20ème, l’indépendantisme et la résistance sont les mots clés de l’histoire basque. Notamment à partir du 19ème siècle, où le mouvement pour l’autonomie basque, déjà existant, commence à prendre de l’ampleur. Celui-ci est alors mené par Sabino Arana Goiri, figure de proue de l’indépendantisme basque parmi d’autres, et se caractérise par des actions contre l’influence étrangère, à ce moment-là caractérisée par l’industrialisation massive et l’exode d’ouvriers issus d’autres parties de l’Espagne, par exemple la création d’un syndicat visant à protéger les travailleurs basques. Durant le siècle d’après, l’enjeu d’autonomie n’a pas faibli, au contraire, et les événements se sont succédé.
Suite à la guerre civile espagnole, comme la Catalogne, le pays basque a brièvement obtenu un statut autonome sous la République Espagnole, avant que Franco ne vienne au pouvoir et ne prohibe toute expression de culture ou langue autre que l’espagnole. C’est dans ce contexte que naquit l’ETA (Euskadi Ta Askatasuna), organisation armée revendiquant l’indépendance du territoire basque, en 1959. Actif sur le plan militaire, politique et culturel, l’ETA a commis de nombreux attentats, surtout dans les années 1970 et jusqu’à beaucoup plus récemment à l’aéroport de Madrid en 2006, à chaque fois suivant la doctrine de Mao Zedong prônant un socialisme voire communisme fort combiné avec une idéologie nationale extrême. Ses activités s’arrêteront en 2011, après plusieurs périodes de cessez-le-feu et de négociations avec l’Espagne. Le pays basque espagnol est autonome depuis les années 1980 et son autonomie s’est accompagnée d’une reconversion sur le plan économique, à priori à succès quand on regarde le pays basque aujourd’hui. Cependant, du côté français, ce statut n’est toujours pas à l’ordre du jour.
Une identité nationale que les basques cherchent à protéger à tout prix
A travers plusieurs éléments constituants de l’identité culturelle basque, sa population affirme son appartenance forte à la communauté. Elle fait perdurer ses traditions dans des domaines différents, perpétuant des éléments constituants de l’histoire plus ou moins récente basque.
Par exemple, le sport traditionnel de la pelote basque est toujours pratiqué aujourd’hui et des compétitions se déroulent tous les ans. Ce sport attire des personnes issues de plusieurs régions du monde, venant dans le Pays basque afin d’y participer. Un autre exemple sportif serait celui du football du côté espagnol, très représenté dans l’élite avec 4 clubs de première division, notamment l’Athletic Bilbao, club qui se distingue des autres par sa préférence régionale, n’ayant que des joueurs, des entraîneurs, des sponsors et un staff issu du Pays basque. Même avec ces restrictions, l’Athletic est un club à succès dans les années récentes, et fait parler des basques à l’échelle européenne voire mondiale.
On ne peut pas oublier non plus les fêtes de village basques, comme celle de Bayonne, avec des costumes bien particuliers, ni l’architecture spécifique, conservée dans de nombreux villages où la structure et les couleurs des habitations sont strictement réglementées. Enfin, la musique est un moyen de véhiculer la culture basque, en l’alliant parfois à la modernité. Des exemples seraient le groupe Sorotan Bele, qui mélange musique folk et pop en chantant des paroles en basque, ou encore les chœurs traditionnels appelés Kantuz, interprétant des chansons rassemblant le peuple Basque comme Hegoak.
Un îlot linguistique
Justement, c’est cette langue basque utilisée dans la culture récente qui est spécifique à cette région. En effet, l’euskara, le Basque, est une anomalie en Europe, étant une langue complètement isolée car elle n’a aucun lien avec la famille linguistique indo-européenne, dont sont issues toutes les langues parlées en Europe et, plus loin, en Asie proche. Beaucoup disent que la langue la plus proche du Basque est le japonais, ce qui est cependant une idée reçue car cette proximité ne se fait que dans certains mots se retrouvant par coïncidence prononcés pareils en japonais. Cependant, ces mots proches n’ont pas du tout la même signification. A vrai dire, l’origine du Basque reste encore indéterminée. On sait seulement que cette langue date d’avant l’implantation des langues indo-européennes, faisant de l’euskara une des langues les plus anciennes d’Europe.
Aujourd’hui, 750 mille personnes sont locuteurs de la langue, c’est-à-dire à peu près 30% de la population résidant au Pays basque actuel. Si elle n’est pas priorisée aujourd’hui, le basque reste une langue d’administration dans ces régions autonomes et est encore transmise à travers les écoles enseignant uniquement en basque, les Ikastola, et les diverses manifestations culturelles de la vie de tous les jours se faisant dans cette langue. Pour l’instant, cette stratégie de maintien de la langue semble plus ou moins fonctionner, puisque cette langue survit encore au français et à l’espagnol, comme ce n’est pas le cas dans beaucoup d’autres pays ayant subi une domination d’autres nations ou une colonisation.
Sources :
Luz PUCHOL
https://sapiens-france.fr/blogs/histoire-du-pays-basque/histoire-du-pays-basque
https://www.eke.eus/fr/culture-basque/euskara-la-langue-des-basques
https://www.en-pays-basque.fr/patrimoine-et-traditions/les-traditions-basques/
https://www.eusko-ikaskuntza.eus/PDFAnlt/riev/03/03041045.pdf
