L’arabe dans la langue de Molière : une histoire de partage culturel

Aujourd’hui, 15% des mots français sont d’origine étrangère. Cela comprend d’abord l’anglais (internationalisation de la langue anglaise et américanisation) puis l’italien (Renaissance). Finalement, l’arabe est la 3e langue la plus intégrée au français, avec plus de 300 mots d’origine arabe. De plus, un Français moderne utilise quatre fois plus de mots arabes que de mots dérivés du gaulois.

Dans les dialogues contemporains français, un grand nombre de mots arabes sont utilisés, parfois sans même être remarqués, principalement par les plus jeunes générations des grandes villes.  Pour beaucoup, ceci est une façon de représenter ses origines de manière décontractée et quotidienne.

Cette intégration s’explique par une longue histoire commune entre la France et les pays du monde arabe, du Moyen-Âge à la colonisation, et jusqu’à la mondialisation.

Les liens entre la France et la culture arabe ont tout d’abord commencé au IXe siècle avec Al-Andalus (الأندلس), les territoires ibériques et du sud de la France qui ont été sous domination musulmane jusqu’en 1492 (reconquête du royaume de Grenade). 

Le vocabulaire scientifique français est enrichi d’un grand nombre de mots provenant de l’empire arabo-musulman et des scientifiques arabes, tel que ṣifr (صِفْر), qui donnera « chiffre », āl-ǧabr (الجبر) signifiant « algèbre », ou encore « Élixir » (āl-ʾiksyr, الإكسير). En outre, des mots de langage plus courants sont empruntés de l’arabe, comme l’orange (nārang(a), نارنج) ou café (qahwa, قهوة).

Le XIXe siècle et l’ère de la décolonisation apportent également plusieurs mots à la langue de Molière, que nous pouvons étudier :

  • Maboul (mahbul, مهبول) détermine quelqu’un de fou. 
  • Seum, qui vient de l’arabe “sèmm” (سم), qui signifie “poison, venin”. Ainsi, être énervé est assimilé à avoir du poison dans le sang !
  • « Flouze » provient du terme flūs qui désigne l’argent dans l’arabe d’Algérie. En effet, de nombreux mots nous proviennent du Maghreb, répandus durant l’époque de la décolonisation et notamment du retour des pieds-noirs d’Algérie. 
  • Kiffer, qui tient son origine de kayf ( كيف). À l’origine, le mot était associé à la consommation de cannabis ou de haschisch. Si le mot a pris une ampleur plus générale en France, la langue allemande a conservé sa signification originale (kiffen, “fumer de l’herbe”).
  • Le mot “chouïa” ( شوية) signifie “un petit peu”. En français comme en arabe, le mot conserve le même sens.

Dès lors, l’intégration de la culture arabe dans celle française s’opère notamment par une incorporation linguistique. Si l’usage de mots arabes peut souvent être vu de manière péjorative, associé à un passé colonial ou à l’immigration, ces mots sont plus souvent employés dans le but de reconnaître sa propre culture ou ses origines. De plus, il est important de noter que ce phénomène n’est en rien unilatéral : le français est utilisé dans de nombreux pays comme au Liban ou encore dans la région du Maghreb. Cet usage fréquent est le miroir d’un échange culturel historique et réciproque. 

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