Bonsoir ! On se retrouve ce mois-ci pour une interview chaleureuse avec Mme Thépault, responsable des études à l’ESTRI depuis 24 ans et qui va prendre sa retraite dans un mois. N’hésitez pas à donner vos retours, critiques etc., soit par mail (estribune@gmail.com) soit sur notre compte Instagram (@estribune_). Bonne lecture !
Sarah Dumas : Merci d’avoir accepté cette interview. Pour commencer, pourriez-vous nous parler de votre parcours ?
Frédérique Thépault : Il est normal que j’accepte cet échange, les étudiants sont très importants pour moi. Et puis, j’étais très contente de voir la création de ce journal, donc il y n’avait aucune raison de ne pas accompagner le projet. Concernant mon cursus, j’ai un BTS de secrétariat trilingue, suivi d’une formation aux concours d’enseignement. J’ai réussi la partie écrite du CAFEP, pas l’oral, et ai été certifiée par la voie interne, ce qui était possible à l’époque. J’ai démarré ma carrière à Grenoble avec des BEP, CAP sténodactylo dans les matières de Techniques de secrétariat. Je me suis tout de suite trouvée alignée à ce choix professionnel que j’avais fait.
Mes premières matières d’enseignement ont disparu au fil des années et j’ai dû évoluer avec l’apparition de l’informatique. Lors de mes premières heures de cours, j’enseignais la sténographie, la maîtrise du clavier sur les machines à écrire mécaniques, puis on est passé à l’ère des machines électriques, électroniques (quelques phrases en mémoire) puis celle des ordinateurs.
La succession des réformes m’a fait perdre beaucoup d’heures de cours. Cela se savait et une collègue d’un autre établissement, qui partait en retraite, m’a fait savoir qu’il y avait des heures à pourvoir à l’ESST [École Supérieure de Secrétaire Traductrice, ancien nom de l’ESTRI].
J’ai été reçu à l’époque par M. Patrice Carlen-Helmer (Directeur), qui m’a dit après coup pourquoi il m’avait donné la préférence. Tout tient parfois à peu de choses : le fait que lorsque son assistante m’a fait rentrer dans son bureau, j’ai attendu qu’il me demande de m’asseoir pour le faire. Ça l’a vraiment surpris parce qu’à priori, cette règle de savoir-vivre n’était plus vraiment tendance. D’autre part, il était indiqué dans mon CV que j’avais été enseignante mais que, très rapidement, on m’avait proposé d’être responsable de cycle, ainsi nommé dans l’établissement où je travaillais (cf. poste de CPE du lycée).
Il s’est dit que, compte tenu de mon profil, si je lui donnais satisfaction, il pourrait me confier les tâches de la responsable qui allait partir en retraite et les choses se sont passées comme ça. Le changement était un peu tonique pour moi car il m’a fallu finaliser mes heures lycée qui se terminaient et gérer ces nouvelles heures que l’on me proposait en même temps.
Par la suite, je crois que j’ai de plus en plus réussi à incarner mon rôle avec la chance de pouvoir avoir, pendant de très nombreuses années tous mes étudiants en cours pendant 3 ans.
De ce fait, lors des jurys Lyon 2, j’étais capable de parler de tout le monde : aucun étudiant n’était un « étranger » pour moi.
J’ai dû lâcher la matière TIC pour laquelle j’éprouvais beaucoup de plaisir à enseigner à la rentrée 2024 car, au vu de l’augmentation exponentielle du nombre d’étudiants, je n’arrivais plus à cumuler mes tâches d’enseignement et d’ingénierie des études.
Finalement, je dirais que ma carrière a été jonchée d’opportunités et de… beaucoup de travail.
Sarah Dumas : Est-ce qu’aujourd’hui vous êtes contente d’avoir eu ce parcours ?
Frédérique Thépault : Je suis ravie de ma carrière. Aujourd’hui, à J-21 de mon départ en retraite, je suis vraiment très fière du parcours qui a été le mien, de cette extraordinaire aventure humaine et des magnifiques personnes que j’ai rencontrées.
Je pense avoir su fédérer et j’avoue que cela m’a été assez facile. Jamais je n’ai avancé toute seule. J’ai toujours avancé main dans la main avec mes collègues. Ma réussite, c’est celle d’une équipe, une équipe au sens large car elle englobe les membres de l’accueil jusqu’au personnel d’entretien, en passant par le service informatique, le secrétariat, les surveillants. On a tous nos points forts, nos points faibles et la clé consiste à voir où sont les atouts des personnes pour fonctionner au mieux avec elles, tout en acceptant leurs différences. Mon métier m’a beaucoup appris.
Sarah Dumas : Vous aviez occupé plusieurs postes au sein de l’ESTRI ?
Frédérique Thépault : C’est surtout mon poste qui a évolué. Au départ, c’était de l’enseignement. Par la suite, comme je l’ai dit, on m’a confié la responsabilité d’études sur une première, une deuxième puis une troisième année, la gestion du tutorat, les relations avec Lyon 2.
J’ai aussi adoré toutes les heures passées à la vie étudiante à travers la gestion des dossiers de bourses : étudier les dossiers, faire partie des jurys pour contribuer à apporter des aides à des étudiants dont la situation financière n’était pas forcément très simple mais dont les beaux projets s’appuyaient sur des résultats académiques très méritants.
Je crois que j’ai toujours vu ma fonction en lien avec l’humain. Il est important aussi dans les analyses que l’on peut faire d’avoir du recul, pour ne pas se laisser embarquer dans des choses qui ne nous concernent pas. C’est là où l’on est le plus juste dans les décisions qu’on prend.
Sarah Dumas : En tant que responsable des études, est-ce que vous avez eu un impact sur notre programme ?
Frédérique Thépault : Du tout, ce sont les directeurs pédagogiques qui interviennent sur ce plan. Moi, j’assure le bon fonctionnement des études, de la scolarité. J’assure le contrôle des absences et jusqu’à tout récemment, j’assurais seule le lien aux étudiants. Je construis les plannings d’examen, je gère les surveillants, la collecte des sujets, les reprographies, la remise des copies aux enseignants, je veille aux retours des notes, des copies, à l’élaboration des bulletins, des 2e sessions, je participe aux jurys etc. Vous aurez sans doute nulle peine à retrouver tous mes « mouvements » derrière tout ça…
C’est la gestion de toute cette logistique qui me revient. J’ai aussi un lien avec la mission handicap pour veiller à la bonne application des plans d’aménagement (réservation des ordinateurs par exemple).
Sarah Dumas : Cette année, on a eu une nouvelle organisation pour les examens, avec les épreuves croisées, par exemple. Quel était l’objectif derrière cela ?
Frédérique Thépault : L’idée était d’assurer la bonne transversalité des cours, montrer qu’ils ne sont pas cloisonnés, certains cours pouvant se rapprocher du fait de thématiques communes. On a eu vent que, pour les premières années, ce n’était pas une innovation, une découverte, parce que le bac fonctionne déjà ainsi.
Sarah Dumas : Pour d’autres, ça peut être quelque chose d’assez stressant, cette nouvelle méthode.
Frédérique Thépault : J’ai l’impression que la communication qui a existé (et que l’on a cru assez précise) ne l’était pas au final, d’où de l’inquiétude palpable ressentie. En fait, lors d’une épreuve croisée, chaque enseignant donne tout de même son propre son sujet, en utilisant des bases documentaires communes.
Soyez assuré(e) que l’école saura faire un bilan sur ce qui a fonctionné, moins bien fonctionné et s’ajustera au mieux par la suite.
Sarah Dumas : Avec les matières de LEA et de DU, est ce que vous pensez que les étudiants peuvent après se spécialiser en master, soit en traduction et communication, soit en relations internationales ?
Frédérique Thépault : Par expérience, à la suite des retours sur ce que sont devenus les étudiants qui ont fait ce parcours, oui, ils ont pu obtenir des places en master. Les matières déjà travaillées, indiquées sur les bulletins et dans les lettres de motivation ont été un plus lors des sélections.
Sarah Dumas : Est-ce que vous pensez à des choses que les étudiants pourraient faire à côté de leur licence pour pouvoir mieux réussir cette dernière ?
Frédérique Thépault : Soit l’étudiant va se contenter du cours de l’enseignant, (par choix, par manque de temps car il travaille en dehors), soit il aura le temps d’aller fouiller pour « nourrir » sa culture. C’est ce qui fera, à mon avis, la différence. Si vous le pouvez, n’hésitez-pas à faire preuve de curiosité. Allez chercher de quoi construire, encore plus, votre projet.
Sarah Dumas : Vous avez des exemples en tête ?
Frédérique Thépault : Oui : effectuer des stages, suivre des conférences (il y a des programmes pour cela). Il y va de votre initiative, de votre responsabilité. On va accompagner les étudiants d’une manière globale mais après, il revient à chaque étudiant de se demander où il veut aller et de se donner les moyens d’avancer dans cette direction. Il existe aussi les cours de formation humaine. Il y a ce que l’on vous donne et ce que vous êtes prêt à faire pour magnifier tout ça. Il ne faut surtout pas tout attendre de l’Institut.
Il faut sortir de sa zone de confort et ne pas hésiter aussi à aller parler aux enseignants (connaître leur parcours par exemple) : ils sauront vous faire part de leur expérience, vous éclairer, vous donner des pistes.
Je pense aussi qu’au niveau d’un entretien d’embauche, à compétences égales, le recruteur regardera ce que vous avez fait « en plus » et c’est « ce plus » qui fera la différence.
Sarah Dumas : Ainsi, vous avez fait un BTS trilingue. Avez-vous réussi à garder ou à améliorer votre niveau dans votre troisième langue vivante et avez-vous des conseils pour cela ?
Frédérique Thépault : J’ai étudié au lycée allemand, espagnol et russe.
Quant à votre troisième langue, il vous sera remis, à la fin de la licence, une certification de votre niveau de langue attestant des compétences validées au cours des trois ans.
Je pense qu’il faut profiter de votre présence à l’école pour vous rapprocher de vos enseignants en LVC afin de savoir comment poursuivre cette langue dans de bonnes conditions.
Quant à moi, j’avais effectué un voyage en Russie, ce qui m’avait incité à me rapprocher d’un institut franco-russe pour reprendre des cours à titre personnel.
Chacun est renvoyé à ce qu’il a envie de faire et surtout à l’énergie qu’il est prêt à mettre pour réaliser ses buts.
Sarah Dumas : Y a-t-il d’autres conseils plus généraux dont vous souhaiteriez nous faire part ?
Frédérique Thépault : J’ai vraiment envie que, vous tous, ayez une vie professionnelle qui vous plaise et soyez heureux de vous lever le matin, comme je le vis depuis le début de ma carrière.
Connaître ses valeurs est pour moi très important. Ces valeurs sont une véritable boussole.
Construisez aussi votre propre projet professionnel, n’attendez pas que la construction vienne de l’extérieur.
Autre chose : terminez bien vos « boucles » quand vous quittez un emploi. S’il y a eu des tensions, partez en ayant discuté au préalable avec les personnes concernées : c’est ce que j’appelle fermer les « boucles ». Faute de cela, vous serez toujours rattrapés par ce que vous n’avez pas réglé et, dans vos prochains emplois, vous vous retrouverez avec la même problématique amplifiée.
Il est très important de comprendre pourquoi telle ou telle problématique est apparue, savoir aussi se remettre en question…
Une dernière suggestion : si vous dites que vous allez faire quelque chose, faites-le, montrez-vous fiable. La fiabilité est une super qualité. Si vous dites « oui », que ce soit un vrai « oui ». Sinon, ne craignez pas de dire non en expliquant pourquoi.
Sarah Dumas : Avant de finir, j’avais une dernière question : est-ce que vous pensez que les étudiants vont vous manquer ?
Frédérique Thépault : Oui, j’en suis persuadée. Je vais partir vers autre chose, mais oui, bien sûr que les étudiants vont me manquer. Je sais aussi que je continuerai d’être « en lien » avec eux. J’ai été si heureuse d’avoir pu, pendant des années, les côtoyer. Puisse aussi ce que j’ai « distillé » avoir contribué à les faire grandir…
Sarah Dumas : Merci beaucoup ! »
