Ce mois-ci nous avons eu la chance de discuter avec Elodie Xie, une élève de L2 anglais-chinois, sur ses héritages culturels et sur son identité biculturelle.
- Est-ce que tu pourrais expliquer tes cultures et dire depuis quelle génération ta famille est en France ?
Mes deux parents sont chinois et sont venus en France avant que je naisse, je fais donc partie de la première génération de ma famille qui soit née en France. Ils ont décidé de venir en France principalement pour échapper à la politique de l’enfant unique, de plus, ma mère a toujours voulu habiter à Paris. J’ai vécu entre Paris et l’Ain et j’ai deux grandes sœurs qui sont elles aussi nées en France. Malgré n’avoir jamais vécu en Chine, nous y retournons régulièrement pour voir la famille.
- Quelles langues parles-tu et à quels niveaux ?
Dès ma naissance mes parents m’ont appris le mandarin, je parle aussi un dialecte du sud-est de la Chine pour communiquer avec mes grands-parents qui n’ont jamais utilisé le mandarin. J’ai appris le Français à l’école mais je ne l’utilise pas beaucoup parce que mes deux parents ne le parlent pas.
- As-tu des liens avec des amis des deux cultures différentes ?
J’ai des amis qui comme moi ont des parents chinois mais n’ont jamais vécu en Chine, je les ai rencontrés sur les réseaux sociaux chinois mais je n’ai aucun lien direct avec eux. Ils sont donc dans la même situation culturelle que moi.
- Dans quel pays ressens-tu un sentiment d’appartenance ?
Je n’en ressens pas beaucoup ni l’un ni l’autre. Je sais que je suis née en France, donc que je suis française, mais comme mes parents sont chinois et que j’ai grandi dans une culture totalement chinoise, je n’arrive pas à me situer. Je dirais que je ne me sens ni totalement française, ni totalement chinoise. Mais je me suis déjà posée la question car je retourne régulièrement en Chine voir ma famille et il y a toujours des problèmes à la frontière car je n’ai pas le passeport chinois, on me pose plus de questions et je ne suis pas traitée comme une chinoise.
- Selon toi, quelles sont les principales différences de mode de vie entre celui que tu as en France et celui en Chine ?
Ce qui me change le plus c’est le rapport aux repas, les pratiques sont vraiment différentes. En Chine les gens mangent tôt, et c’est souvent des plats partagés, alors qu’en France les repas se font plus tard et il est important d’attendre que tout le monde soit là pour commencer le repas et que chacun ait son plat.
- À l’école, est-ce que tu as eu des difficultés a t’intégrer par rapport à ton bagage culturel que les autres ne partageaient peut-être pas ?
Je suis allée dans une école internationale, mais il n’y avait aucun chinois ou personnes qui parlent chinois, c’était seulement les deux dernières années que je me suis faite une amie qui est aussi née en France avec ses deux parents chinois. Par rapport à cela, je me sentais seule car j’avais des difficultés avec mes camarades, par exemple pour discuter de références françaises et chinoises qu’on ne partageait pas. Je dirais que petit à petit j’ai appris à rester avec des français et à comprendre leurs références tout en apportant aussi quelque chose de ma culture.
- En quoi vivre dans un pays monolingue avec une culture aussi différente t’a marqué ?
Quand j’étais petite, vers la CM1, j’ai eu des problèmes de harcèlement. C’étaient des élèves qui, pour se moquer, venaient me dire des mots en chinois. En grandissant, j’ai compris que c’était un manque de maturité de leur part et qu’ils ne comprenaient pas forcément ce qu’ils faisaient. C’est un événement qui m’a marqué et qui m’a fait prendre conscience de cette « barrière » culturelle.
- As-tu eu un moment de réalisation de ta double culture ?
Oui, en grandissant en France on m’a souvent dit que j’étais chinoise car je ne ressemblait pas à une française, et vice-versa. Quand je suis retournée en Chine, un homme dans un magasin m’a dit que je n’étais pas chinoise et que je venais de l’étranger. C’est assez difficile de se situer. De plus, les gens ont tendance à plus m’expliquer les choses, ils doivent penser que je ne comprends pas.
- Quels ont été les sentiments que t’a fait ressentir ton double héritage? Par exemple à l’école, dans ta vie sociale ou familiale ?
Je dirais que c’est quand même plus dur pour les personnes qui ne sont pas du tout en contact avec le pays, parce que si je ne parlais pas chinois ce serait plus difficile pour se situer. Je pense donc que si on me demande d’où je suis, je dirais seulement que je suis chinoise ou que je suis née en France, mais avec une culture chinoise. J’avais pensé retourner en Chine ou y rester quelques années pour en apprendre plus sur comment je me sens par rapport au pays, mais je ne possède pas de passeport chinois. Il est très difficile de rester longtemps dans le pays.
- Est-ce que ton rapport à la culture chinoise est différent de celui de tes parents ?
Mes parents ont vécu dans une Chine qui est vraiment différente de celle d’aujourd’hui. Mon père était un militant pour la Chine et était présent pendant les conflits et les guerres, alors il n’est pas très ouvert d’esprit. Par exemple, si j’avais un ami japonais ce serait vraiment quelque chose de difficile pour eux, alors que moi ça ne change rien.
