Lorsque l’on parle du monde arabe, on y associe souvent une seule langue commune : l’arabe. Pourtant, derrière cette unité apparente se cache une mosaïque de dialectes, parfois si éloignés les uns des autres qu’ils créent des malentendus entre arabophones. Un Marocain qui discute avec un Irakien, par exemple, peut vite se rendre compte qu’ils n’utilisent pas toujours les mêmes mots ni la même prononciation. Alors comment, malgré ces différences, les Arabes arrivent-ils à communiquer ?
L’arabe standard et ses dialectes
La réponse se trouve d’abord dans l’arabe standard moderne. C’est la langue de l’école, des journaux et des discours officiels. C’est la version formelle et standardisée de l’arabe qui sert de fil conducteur à l’ensemble du monde arabophone. Même si personne ne la parle vraiment dans la vie quotidienne, elle sert de point de repère commun.
En effet, la langue arabe ne se limite pas à une seule langue, il s’agit en réalité d’un éventail de variétés régionales parlées dans plus de 20 pays. Les dialectes diffèrent par la prononciation, le vocabulaire ou encore dans la manière dont sont exprimées certaines idées. La plupart des arabophones grandissent en apprenant un dialecte local qu’ils utilisent plutôt dans la vie quotidienne tandis que l’arabe standard est réservé aux situations plus formelles. Les dialectes sont principalement parlés, et non écrits. La plupart des textes écrits en arabe suivent les règles de l’arabe standard moderne ou de l’arabe classique. Aucun dialecte n’est « incorrect » : chacun reflète la culture et l’histoire de sa région, avec des influences espagnoles, portugaises, berbères, françaises, turques, ou encore anglaises.
Alors, lorsqu’un Syrien et un Algérien ne trouvent pas de terrain d’entente avec leurs dialectes, ils passent naturellement à l’arabe standard, un peu comme on bascule vers une langue neutre. À condition que ces personnes aient pu aller à l’école pour l’étudier car les dialectes s’apprennent au sein de la famille tandis que l’arabe standard moderne s’apprend à l’école.
Cependant la communication ne repose pas seulement sur ce “plan B” qu’est l’arabe standard moderne.
Le rôle des médias et de la culture
Les médias et la culture populaire aident beaucoup les arabophones à se comprendre malgré leurs dialectes. L’Égypte, avec son cinéma et ses séries depuis les années 1930, a largement diffusé l’arabe égyptien dans tout le monde arabe. Ceci lui a valu la reconnaissance du dialecte égyptien dans tout le monde arabe. De plus, les séries libanaises et syriennes, très suivies sur les plateformes en ligne, et les chansons des artistes maghrébins, écoutées jusque dans le Golfe, créent une familiarité linguistique qui dépasse les frontières. La musique et le cinéma ont ainsi permis une meilleure compréhension du parlé égyptien et syro-libanais dans le monde arabe, un rôle énorme permettant aux locuteurs de dialectes différents de reconnaître des mots et des expressions, facilitant ainsi la communication.
L’art de s’adapter
Il y a aussi un savoir-faire que tout arabophone développe sans même y penser : l’art de s’adapter. En voyage ou en conversation avec quelqu’un d’une autre région, on simplifie son discours, on choisit des mots plus neutres, parfois on ajoute des expressions de l’arabe standard ou même des termes empruntés à l’anglais ou au français. Cette souplesse rend la communication possible, même entre personnes n’ayant jamais étudié la langue de l’autre.
Chez les jeunes, cette flexibilité se remarque d’autant plus sur les réseaux sociaux. On y mélange dialecte, arabe standard et mots étrangers, dans un style parfois surnommé « arabizi » ou « easy arabic ». Ce langage représente la retranscription de l’arabe en alphabet latin combiné à l’utilisation de chiffres afin de remplacer les lettres inexistantes dans ce même alphabet. Loin de brouiller les échanges, ce mélange crée au contraire une nouvelle manière de se comprendre, adaptée au monde numérique.
Finalement, parler arabe, ce n’est pas une seule langue, mais un terrain commun où se croisent dialectes, accents, expressions, influence culturelle, etc. Derrière chaque dialecte se cache une histoire, une identité, une culture. Et si cela peut parfois compliquer les conversations, c’est aussi ce qui rend la communication dans le monde arabe si riche et si vivante. Entre médias, adaptation quotidienne et réseaux sociaux, les Arabes trouvent chaque jour des moyens inventifs de se comprendre, prouvant que la diversité linguistique est autant un défi qu’une richesse partagée.
SOURCES
- Arabic Dialects Explained: A Complete Guide for Language Learners – Strømmen Language Classes
- Diglossia-An-Overview-of-the-Arabic-Situation.pdf
- Arabic in the Digital Age | How Social Media is Changing the Language | Arabic Road
- Le cinéma égyptien: entre influence régionale et marginalisation internationale – ESMA – Paris 1
- Arabic Marvels: Dialects and Global Influence Unveiled
