Marty Supreme, Ping-Pong et Diplomatie

L’engouement du ping-pong au cinéma

Affiche du Film Marty Supreme, A24, Metropolitan Films

Présenté le 6 octobre 2025 au Festival de New York, le film Marty Supreme est une production américaine réalisée par Josh Safdie. Il s’agit d’une adaptation romancée de la vie du champion de tennis de table américain Marty Reisman, incarné par Timothée Chalamet, médaillé aux championnats du monde et deux fois vainqueur de l’US Open. 

L’intrigue se déroule à New York dans les années 1950 et retrace le parcours atypique du talentueux joueur de tennis de table Marty Mauser. Le film suit Marty dans sa quête ambitieuse de succès et de reconnaissance. 

Marty Supreme a été désigné comme l’un des dix meilleurs films de 2025 par le National Board of Review et l’American Film Institute. Lors de la 83ᵉ cérémonie des Golden Globes, le film reçoit trois nominations. Pour son interprétation, Timothée Chalamet remporte un Golden Globe et un Critics’ Choice Award du meilleur acteur. Le long-métrage reçoit en outre neuf nominations aux Oscars lors de la 98ᵉ cérémonie, dont celle du meilleur film.

Le film a aussi fait parler de lui grâce à une campagne de promotion qui bouscule les codes : faux meeting Zoom, dirigeable orange, pop-up store, blouson « Marty Supreme ». Drôle et inventive, la promotion se réinvente et attire le public dans les salles de cinéma. 

Au-delà de son esthétique et de sa promotion, Marty Supreme invite à réfléchir à un sujet plus large : le rôle du sport, et du ping-pong en particulier, comme outil diplomatique durant cette période.

Origine et popularité du ping-pong

Les origines du ping-pong remontent à la fin du XIXᵉ siècle en Angleterre, où ce jeu était principalement pratiqué par la grande bourgeoisie. À l’origine appelé « Whiff-Whaff », le ping-pong obtient son nom en 1902 lorsque la compagnie J. Jacques & Son ltd commence sa commercialisation sous cette appellation, participant à la naissance de la « Ping Pong Association ». 

Les premiers championnats mondiaux de tennis de table prennent place en 1926, à Londres. Le sport gagne alors en popularité et est reconnu comme un sport compétitif. D’abord dominé par les joueurs anglais et hongrois, le ping-pong étend sa popularité sur l’ensemble du globe, en particulier en Asie. De 1950 à 1960, le ping-pong connaît son âge d’or, reconnu de plus en plus comme un sport de compétition et apprécié par tous comme un sport de loisir accessible. Les médias jouent un rôle important dans cette nouvelle popularité, diffusant des championnats de tennis de table sur différentes chaînes de télévision. C’est à ce moment-là que le ping-pong devient un symbole de diplomatie à l’international, utilisé comme un pont afin de promouvoir la paix entre les nations. 

La diplomatie du ping-pong, 乒乓外交 pingpang waijiao : sport et politique

La diplomatie du ping-pong fait référence aux échanges entre joueurs de ping-pong des États-Unis et de la Chine dans les années 1970, marquant un renouveau dans les relations sino-américaines. En 1971, l’équipe américaine de tennis de table se rend au Japon pour les 31ᵉ championnats du monde de tennis de table. Elle est alors invitée par son homologue chinois à leur rendre visite en Chine. Cet évènement est un exemple qui montre comment la République Populaire de Chine considérait déjà, à l’époque, le sport comme faisant partie intégrante de sa diplomatie, comme le résume le slogan « l’amitié d’abord, la compétition après ». Cela a donné lieu à une série de matchs amicaux entre les joueurs des deux nations, geste symbolique de bonne volonté entre les deux pays. 

Cette visite a ouvert la voie à des pourparlers diplomatiques entre les USA et la Chine. En 1972, le Président des États-Unis, Richard Nixon, visite la Chine, la première fois pour un président américain depuis 22 ans. Cet évènement représente une avancée et une création de relations diplomatiques. Dans un contexte de guerre froide et de rupture diplomatique depuis 1949, ces échanges sportifs ont servi de première passerelle entre deux puissances ennemies. À lui seul, le ping-pong devient un exemple du pouvoir du sport dans la promotion de la compréhension internationale et de la paix. 

En mettant en lumière l’histoire d’un joueur de ping-pong hors norme, Marty Supreme prouve que le sport n’est jamais neutre et reste avant tout un outil politique. L’athlète devient alors, souvent malgré lui, un ambassadeur et les stades se transforment en espaces neutres où les nations peuvent coexister. Mais lorsque les États utilisent leurs sportifs pour faire rayonner leurs intérêts à l’international, cette instrumentalisation peut également se retourner contre eux. L’exemple de Colin Kaepernick en est l’illustration la plus frappante. Lorsque le quarterback des 49ers s’agenouille sur un genou le 1ᵉʳ septembre 2016, il crée l’une des images les plus emblématiques du XXIᵉ siècle. Son geste devient alors un symbole mondial de résistance et de protestation non violente contre les brutalités policières envers les personnes de couleur aux États-Unis. 

Eli Harold #58, Colin Kaepernick #7 and Eric Reid #35 of the San Francisco 49ers kneel in protest on the sideline, during the anthem, prior to the game against the Buffalo Bills at New Era Field, Oct. 16, 2016, in Orchard Park, N.Y.

Michael Zagaris/San Francisco 49ers/Getty Images

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