Imaginez un pays où chaque geste, chaque mot, et même votre corps seraient contrôlés par la religion. Un monde où votre rôle dans la société est déterminé par des lois prétendument divines, et où toute désobéissance est sévèrement punie. C’est exactement ce que propose La Servante Écarlate, une série dystopique inspirée du roman de Margaret Atwood.
L’histoire se déroule aux États-Unis, mais dans un futur imaginaire où la démocratie a été remplacée par une dictature théocratique appelée La République de Gilead. La série montre comment la religion peut être détournée pour imposer des règles et contrôler les individus, en particulier les femmes. Dans ce contexte, une question centrale s’impose : comment la religion peut-elle être utilisée pour imposer des règles et contrôler les individus ?
Gilead est une société extrêmement hiérarchisée, où chaque individu a un rôle précis et les libertés individuelles sont presque inexistantes. Voici les principaux rôles dans cette « République » :
- Commandants : dirigeants politiques et sociaux, détenteurs du pouvoir.
- Épouses : vivent dans le confort matériel mais doivent obéir aux règles et à leur mari.
- Marthas : femmes chargées des tâches domestiques, discrètes mais indispensables au quotidien.
- Servantes : femmes fertiles assignées aux Commandants pour la reproduction. Elles portent des robes rouges et des chapeaux blancs pour signaler leur statut et sont soumises à des rituels religieux comme la Cérémonie.
Les Servantes incarnent le symbole de l’oppression : leur corps et leurs choix sont contrôlés, et elles n’ont presque aucun droit. Cette hiérarchie rigide sert à maintenir l’ordre et la peur, et à rendre la contestation presque impossible.
Quand un texte sacré devient un outil de domination
La religion est l’instrument principal utilisé pour justifier ce système. Les dirigeants de Gilead s’appuient notamment sur certains passages de l’Ancien Testament pour donner une apparence sacrée à leurs décisions. Par exemple, ils utilisent le récit de Jacob, qui, dans la Bible, a recours à une servante pour avoir des enfants lorsque sa femme Rachel est infertile. Ce passage, qui décrit une pratique propre à une époque et à un contexte très éloignés du nôtre, est complètement détourné par la République : au lieu d’être un événement isolé dans un récit ancien, il devient un modèle religieux obligatoire pour toute la société.
Ce glissement est essentiel. Gilead sélectionne uniquement les fragments de la Bible qui servent son projet politique et ignore tout le reste, comme les valeurs d’égalité, de compassion ou de dignité humaine. En transformant le geste de Jacob en loi divine, le régime justifie la reproduction forcée des Servantes et impose une organisation hiérarchique où chacun est censé occuper la place que « Dieu » lui aurait attribuée. La théocratie utilise donc la religion non pas pour rassembler les individus ou guider leur conscience, mais pour leur imposer des règles rigides et incontestables.
Cette utilisation de la foi est aussi un moyen de manipulation psychologique. Les cérémonies, les symboles, les uniformes et le langage codé renforcent l’idée qu’il faut obéir sans réfléchir. Les Servantes, par exemple, participent à la Cérémonie, un rituel de reproduction imposé par les Commandants, illustrant parfaitement comment la peur et la religion peuvent contrôler le corps et l’esprit.
En présentant chaque loi comme la « volonté de Dieu », Gilead transforme l’oppression en acte sacré. Toute critique devient alors un blasphème, ce qui empêche la population de remettre en question le pouvoir. Cette présence constante de la foi permet au régime d’instaurer une obéissance presque automatique, car désobéir n’est plus seulement enfreindre la loi : c’est aller à l’encontre de Dieu lui-même.
Pourtant, certains personnages résistent et parviennent à conserver leur esprit critique en trouvant des moyens de contester le régime et de préserver leur liberté intérieure. Ces actes de résistance montrent que, même dans un système totalitaire, la réflexion personnelle et la vigilance sont essentielles pour préserver sa liberté intérieure.
La République de Gilead face aux États-Unis : un miroir inquiétant de la réalité
L’histoire se déroule aux États-Unis, et ce choix n’est pas anodin. En 2017, au moment où la série est diffusée, le pays est secoué par de grands débats sur les droits des femmes et le rôle de la religion dans la politique. Par exemple, cette année-là, plusieurs projets visaient à réduire les financements de ‘Planned Parenthood’, l’un des symboles du droit à l’avortement et à la santé reproductive, sous la pression de groupes religieux conservateurs. Ce contexte rend la dystopie de Gilead beaucoup plus crédible : il montre comment, même dans une démocratie moderne, certains droits peuvent reculer progressivement lorsque la religion est utilisée pour influencer la loi, particulièrement sur le corps des femmes.
La situation américaine, puissance mondiale souvent présentée comme le symbole de la démocratie et de la liberté, n’est pas seulement un choix narratif. Cela montre qu’au sein même d’un pays considéré comme un modèle de liberté, les droits de ses habitants peuvent être, à leur insu, remis en question. L’autorité ne s’installe pas toujours brutalement, elle peut arriver petit à petit, à travers des lois, des discours ou des crises qui justifient des restrictions.
La série rappelle ainsi que l’oppression n’est pas un phénomène réservé à certains pays ou à certaines époques. Elle peut émerger aujourd’hui, même dans une démocratie moderne telle que les États-Unis, si les citoyens cessent d’exercer leur esprit critique et de défendre leurs libertés.
Ainsi, il apparaît clairement dans La Servante Écarlate l’instrumentalisation de la religion dans le but d’imposer des règles et contrôler les individus, et rappelle d’autant plus l’importance de l’esprit critique et de la vigilance. La série invite chaque spectateur à se demander : jusqu’où accepterons-nous qu’une autorité « sacrée » décide de notre vie à notre place ?
