Lorsqu’une tournée devient un symbole politique : Bad Bunny

Illustration par Emilie Tordo

Entre les paroles de reggaeton qui font vibrer les stades et les tubes qui traversent la Terre entière, l’incontournable super star planétaire Bad Bunny crée un véritable séisme sur toutes les plateformes de vente de billets après l’annonce de sa tournée internationale. Après avoir occupé nos playlists tout l’été, le chanteur portoricain revient avec pas moins de 49 concerts dans 21 pays dont une série de 30 concerts sur son île natale, Porto Rico. 21 pays sauf 1, un détail qui n’a échappé à personne, l’absence des États-Unis dans la liste des dates. Un choix délibéré, qui ne passe pas inaperçu.  revient avec pas moins de 49 concerts dans 21 pays dont une série de 30 concerts sur son île natale, Porto Rico. 21 pays sauf 1, un détail qui n’a échappé à personne, l’absence des États-Unis dans la liste des dates. Un choix délibéré, qui ne passe pas inaperçu.

En effet, avec plus de 30 dates sur son île natale, Porto Rico, Bad Bunny veut plus que jamais célébrer ses origines et les habitants de l’île. Pourtant, très vite après l’annonce, l’absence des États-Unis interroge. Et le silence de l’artiste et de ses équipes laisse à penser qu’il s’agit d’un message politique lourd de sens, surtout dans un contexte où les politiques migratoires et les relations entre les États-Unis et Porto Rico restent vives. Porto Rico, ancienne colonie espagnole, est depuis 1898 soumise à la juridiction et à la souveraineté des États-Unis mais sans être un État. Cette reconnaissance ambiguë a créé de nombreux problèmes pour les habitants dont le fait qu’ils ne puissent pas voter aux élections présidentielles. 

Le mercredi 10 septembre, l’artiste se livre lors d’une interview avec le magazine I-D sur la raison de l’absence des États-Unis lors de sa prochaine tournée. « Ce qui nous a freinés, c’est surtout la crainte que les services de l’immigration américaine (ICE- Immigration and Customs Enforcement) ne soient postés à l’extérieur du concert, et ce poids a largement pesé dans la décision. » explique Bad Bunny. Il revient sur le fait qu’il a déjà enflammé les scènes états-uniennes à maintes reprises, à chaque fois avec un franc succès. Cette décision n’est en aucun cas une décision de « haine » envers les États-Unis et ses fans, mais selon lui le climat politique actuel, marqué par un durcissement des politiques migratoires, rend la situation inconfortable, voire dangereuse pour une partie de son public. Avec l’objectif de 3 000 arrestations par jour ordonné par Donald Trump, la question s’est vite posée pour lui et ses équipes, ne voulant pas prendre le risque de mettre en péril la sécurité de ses fans.

En juin dernier, Benito Ocasio avait ouvertement critiqué les mesures prises par le gouvernement de Trump, en traitant les agents de la ICE « d’incapables ne pouvant pas laisser les gens tranquilles et travailler ». Mais il ne s’agit pas de la première fois que l’artiste critique ouvertement les politiques anti-immigrations des partis conservateurs. 

Avec son clip  Nuevayol, Bad Bunny dépeint de nombreuses références, dont une mobilisation du mois d’octobre 1977, date à laquelle des militants portoricains avaient escaladé la Statue de la Liberté pour y accrocher le drapeau du Porto Rico – façon pour eux de réclamer l’indépendance de l’île. Ce que l’on remarque aussi dans ce clip, c’est un discours du président américain Donald Trump vers la fin de la vidéo. Le président des États-Unis déclare : « J’ai commis une erreur, je m’excuse auprès de tous les immigrés des États-Unis. Ce pays n’est rien sans eux, sans les Mexicains, Dominicains, Portoricains… ». Avant que Bad Bunny ne dise, en espagnol : « Juntos somos mas fuertes », soit « ensemble nous sommes plus forts ».

Pour des milliers de fans, la tournée de Bad Bunny est avant tout l’occasion de vivre une expérience unique, de vibrer au rythme de ses tubes et de célébrer leur idole. Mais pour beaucoup d’autres, elle représente bien plus : un symbole politique, une tribune médiatique pour braquer les projecteurs sur la réalité brutale des immigrants, dans un contexte où les politiques migratoires se durcissent sans relâche. 

Bad Bunny a laissé passer un message fort à sa communauté, « Ceci est le signe que Benito (Benito Ocasio de son vrai nom) s’adresse avant tout personnellement aux Portoricains » comme l’explique l’historien portoricain Jorell Meléndez-Badillo. Et ce choix n’est pas sans être bénéfique pour l’économie du pays, en effet, ce choix de se produire à Porto Rico pour y chanter ses tubes dont ceux issus de « DeBÍ TiRAR MáS FOToS » son album sorti en janvier 2025, provoque une arrivée massive de visiteurs. L’agence Moody’s Analytics considère que l’impact de la résidence de Bad Bunny sur l’économie de l’île s’élève à 250 millions de dollars. Et cela pourrait atteindre 400 millions de dollars si on ajoute toutes les dépenses qui ne sont pas liées directement aux concerts, comme les transports, la nourriture ou l’hébergement.

Avec sa musique, Bad Bunny parvient à un exploit rare : faire danser la planète entière tout en mettant en lumière les combats du quotidien de sa communauté. Il donne une voix à ceux que l’on n’entend pas, ou si peu – les Portoricains, les Latino-Américains, tous ceux qui subissent les conséquences d’un système migratoire de plus en plus hostile. À travers ses choix artistiques et ses prises de parole, il nous rappelle à tous que la scène n’est pas qu’un lieu de divertissement, mais aussi un espace de résistance et de solidarité. Et si les stades peuvent vibrer aux rythmes de ses chansons, c’est grâce à cette lettre d’amour pour Porto Rico, l’écho de toute une île et l’amour qu’ont ses habitants. 

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