Illustration réalisée par Emilie Tordo, illustratrice du journal
Les Avars sont une confédération de peuples hétérogènes, composés notamment d’anciens Rourans, d’Hephtalites et de tribus turco-mongoles. Après la chute du Khanat des Rourans en 552, ce peuple migre de l’Asie centrale vers la région de la steppe pontique couvrant l’Ukraine, le sud de la Russie, et le Kazakhstan. Connus des sources chinoises sous le nom de Ruanruan, ils se présentent en Occident comme les héritiers des Huns, une filiation largement stratégique et politique.
Les rares sources à leur sujet décrivent un mode de vie nomade centré sur la place du cheval, caractéristique des peuples de la steppe. Après avoir occupé les terres hunniques, les Avars poursuivent leur progression vers l’Ouest. Vers 558, ils sont signalés au nord du Caucase, puis s’installent sur la Volga. Ils envoient alors une ambassade à Constantinople en 557, où les Byzantins estiment leurs forces à près de 20 000 cavaliers.
L’Empereur Justinien 1er les engage comme mercenaires afin de combattre des tribus belliqueuses sur son territoire, les Avars remplissent leurs contrats avec une grande efficacité avant de les vassaliser. Une fois leurs missions accomplies, ils réclament à l’Empire, des terres, dont la Mésie. Face au refus impérial, ils lancent l’un des vastes pillages contre le territoire byzantin, avant de se diriger vers l’Austrasie. Ils s’allient ensuite avec les Lombards afin d’anéantir les Gépides et s’emparer de leurs terres. C’est en 571 qu’est signé un traité de paix.
Installés dans la plaine pannonienne, les Avars fondent un khaganat puissant qui domine une grande partie de l’Europe centrale du VIIe au début du IXe siècle. Leur empire entre en conflit avec les Francs de Charlemagne, qui lancent plusieurs campagnes contre eux à partir de 791. Ces défaites, combinées à des divisions internes, entraînent l’effondrement du pouvoir avar au début du IXe siècle. Les Avars disparaissent alors comme entité politique, absorbés par les Slaves et les peuples voisins.
Il existe un autre peuple portant le même nom : les Avars du Caucase. Les Avars sont un peuple de Ciscaucasie constituant aujourd’hui le plus important groupe ethnique du Daghestan. Ils parlent l’avar, une langue appartenant au groupe avaro-andi de la famille nakho-daghestanienne. Majoritairement musulmans sunnites depuis le XIIIème siècle, les Avars seraient originaires du Grand Khorassan (Afghanistan actuel), au sud-est de la mer Caspienne, d’où ils auraient migré vers le Caucase.
Portrait d’une femme Avar en habits de fête, 1939.
La langue avare est aujourd’hui écrite en alphabet cyrillique, qui a remplacé l’alphabet arabe et latin. Plus de 60% des Avars du Daghestan parlent également le russe comme seconde langue.
Ce peuple est sans doute connu par le grand public à travers la figure de Hadji Mourad. Né en 1795 à Khounzakh et mort en 1852, Hadji Murad fut l’un des chefs avars de la résistance musulmane du Caucase face à l’expansion de l’Empire russe au XIXème siècle. Son histoire inspira Léon Tolstoï, le récit Hadji Mourat, publié en 1912, retraçant les derniers mois de sa vie.
Nous ne connaissons que très peu ces deux peuples. La connaissance que nous avons des Avars repose essentiellement sur des sources extérieures, notamment byzantines et franques, souvent hostiles ou biaisées. Les Avars eux-mêmes n’ont laissé que très peu d’écrits. L’archéologie – tombes, armes, parures, harnachements – constitue donc une source essentielle pour comprendre leur société et leur mode de vie.
Bien que portant le même nom, les Avars de la steppe et les Avars du Caucase ne partagent ni la même origine, ni la même langue, ni la même trajectoire historique. Les premiers furent des nomades cavaliers bâtissant un pouvoir impérial au cœur de l’Europe centrale, tandis que les seconds sont des montagnards enracinés dans le Caucase, organisés autour de communautés locales et marqués par une longue résistance à l’expansion russe. Leurs histoires restent fondamentalement distinctes. Aujourd’hui, les Avars de la steppe ont disparu en tant que peuple identifiable, mais leur nom demeure dans l’histoire européenne. Les Avars du Caucase, en revanche, constituent toujours une communauté vivante, dont l’identité se perpétue à travers la langue, la religion et la mémoire de figures comme Hadji Mourad.
